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Crapaud du désert de Sonora : un batracien hallucinogène qu’il est interdit de lécher aux États-Unis !

De nombreux parcs américains ont demandé aux promeneurs de ne pas donner de coup de langue à ce crapaud particulier. La raison ? L’animal sécrète un puissant hallucinogène ! Mais qui est réellement ce batracien ?

Incilius alvarius crapaud désert de Sonora
©Mirko_Rosenau/iStock

Fin 2022, beaucoup de sites d’actualité ont relayé cette info insolite. Et pour cause ! Ce n’est pas tous les jours que les autorités d’un pays interdisent aux individus de lécher un animal. Mais pourquoi traiter de la sorte un batracien ? En réalité, les promeneurs n’essaient pas de transformer en prince le crapaud du désert de Sonora, aussi appelé crapaud du Colorado…

Si le bon sens devait suffire à se prémunir de cette pratique incongrue, c’est que l’amphibien intéresse grandement les amateurs de voyages psychédéliques. Le crapaud du désert de Sonora sécrète en effet une toxine hallucinogène. Toutefois, cet animal possède bien d’autres caractéristiques étonnantes. Qui est vraiment l’Incilius alvarius, le nom scientifique du crapaud du Colorado ?

Le crapaud du Colorado, un amphibien nord-américain

Ne vous attendez pas à croiser le crapaud du désert de Sonora à la première mare à côté de chez vous. Le Incilius alvarius vit en effet uniquement au sud-ouest des États-Unis ainsi que dans le nord-est du Mexique, et précisément dans le désert de Sonora, dans des paysages magnifiques immortalisés par les plus grands westerns.

Une morphologie commune qui cache un puissant poison

Avec sa longueur de 19 centimètres, le Incilius alvarius est le plus grand crapaud des États-Unis, si l’on fait exception du crapaud-buffle toutefois. Son cri est plutôt faible et court. La peau du batracien va du vert olive au brun chiné, ses yeux sont dorés avec une pupille horizontale. Un peu en dessous de ses globes oculaires, se trouve une glande parotoïde. D’autres sont présentes au coin de sa bouche et sur ses jambes. Elles permettent toutes au crapaud du Colorado de produire et sécréter sa puissante toxine.

Crapaud Colorado
©Adogslifephoto/iStock

Le crapaud du désert de Sonora, un carnivore au mode de vie nocturne

Le batracien mène une existence aquatique (dans des bassins temporaires, petits cours d’eau, etc.) et sur terre. Il est actif surtout la nuit et reste à l’ombre dans un terrier abandonné le jour afin d’éviter la chaleur écrasante du désert. On pourrait le croire pataud avec sa taille imposante, mais le crapaud du Colorado est plutôt agile. Il est capable de réaliser de grands bonds et de courir sur ses quatre pattes. Le batracien peut surgir dans les maisons, en se frayant un chemin par la chatière. On le suspecte d’hiberner en hiver. Le crapaud de Sonora peut vivre entre 5 et 10 ans.

Que mange le Incilius alvarius ?

Comme bien d’autres crapauds, l’animal se nourrit de tout ce qui se trouve à portée de sa longue langue collante. Il mange aussi bien des insectes que des petits reptiles en passant par les rongeurs. Il lui arrive aussi d’attraper d’autres espèces d’amphibiens. En somme, le crapaud du Colorado ingurgite toute proie dont la taille lui convient.

Une reproduction classique pour un batracien

Pour les crapauds du désert de Sonora, la saison des amours se situe pendant la période de pluie entre mai et juillet. D’ailleurs, c’est durant ces quelques mois qu’il est le plus actif. La femelle pond des œufs dans une étendue ou un cours d’eau à faible courant. La reproduction est externe. Installé sur le dos de sa compagne, le mâle dépose le sperme sur les œufs. Une femelle peut en pondre jusqu’à 8 000.

Qui sont les prédateurs du crapaud du Colorado ?

Les serpents, les oiseaux et les ratons laveurs se nourrissent de l’Incilius alvarius. Pour se défendre, il se fait plus gros pour dissuader ses prédateurs. En outre, l’être humain n’est pas sans danger pour l’amphibien. De nombreux crapauds se font écraser par des voitures ou des cyclistes, notamment de nuit. Le batracien souffre aussi de la destruction de son habitat et les pesticides.

De plus, le petit animal est de plus en plus chassé pour sa peau et ses glandes qui contiennent une toxine utilisée comme un puissant psychotrope.

crapaud désert Sonora
©dmf87/iStock

La toxine du crapaud du désert de Sonora : un puissant poison à l’usage récréatif mortel

À l’aide de ses glandes, le Incilius alvarius se défend en sécrétant un puissant poison, composé de 5 -MeO-DMT ainsi que de bufoténine. Ce dérivé de la sérotonine est assez puissant pour tuer un chien adulte si ce dernier a le malheur de porter l’amphibien à sa gueule. Mais à plus faible dose, la substance est un psychotrope hallucinogène. Il se consomme de diverses façons, en mangeant la peau ou en fumant les glandes parotoïde de l’animal, par exemple. L’effet dure jusqu’à 30 minutes avec de fortes hallucinations visuelles et auditives. Toutefois, les cas d’intoxication sont nombreux, les plus sévères pouvant provoquer la mort.

Quand des parcs naturels américains interdisent de lécher le crapaud du désert de Sonora

Un véritable commerce s’est développé autour du venin du crapaud du Colorado. La 5 -MeO-DMT, surnommé la « molécule de Dieu », aurait des vertus thérapeutiques et pourrait guérir la dépression, la toxicomanie et de nombreux maux. Les prix de la séance chamanique, durant laquelle est administrée la substance hallucinogène, vont de quelques centaines de dollars pour une simple prise jusqu’à 7 700 euros pour une cérémonie luxueuse. Les promoteurs mettent en avant l’utilisation traditionnelle par les populations amérindiennes. Mais aucun consensus entre historiens ne permet d’avérer la pratique.

C’est donc toute une industrie très lucrative et en pleine expansion qui se développe aux États-Unis ainsi qu’au Mexique dont les premières victimes sont les crapauds du Colorado. Les autorités américaines craignent que le braconnage entraîne un effondrement de la population, autrefois abondante. L’espèce a même déjà disparu de Californie. Plusieurs parcs naturels du désert de Sonora mettent alors en garde leurs visiteurs sur les dangers d’un coup de langue sur les crapauds.

Statut actuel du crapaud du Colorado

Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN), le crapaud du désert de Sonora n’est pas en danger. À cause des braconnages cependant, plusieurs États du sud des États-Unis font preuve de vigilance. Les autorités du Nouveau-Mexique ont même classé le batracien dans la catégorie des espèces « menacées ».

Comment protéger le crapaud du Colorado ?

Voici quelques mesures à prendre pour contribuer à la protection du batracien américain :

  • Préservation de l’habitat : initiatives de conservation des zones humides, des prairies et des milieux aquatiques, habitats cruciaux pour le crapaud du Colorado.
  • Réduction des menaces humaines : réduire l’utilisation de pesticides, herbicides et autres produits chimiques dans les zones où les crapauds vivent, ainsi que la pollution de l’eau et de l’air.
  • Amélioration de la connectivité écologique : initiatives visant à établir des corridors écologiques pour permettre aux crapauds de se déplacer entre différents habitats et maintenir une diversité génétique saine.
  • Sensibilisation du public : informer les communautés locales sur l’importance des crapauds du Colorado au sein de l’écosystème et les encourager à prendre des mesures pour les protéger.
  • Participation à des programmes de recherche : soutien ou participation à des projets de recherche visant à mieux comprendre les besoins écologiques du crapaud du Colorado.
  • Respect de la législation : les activités de développement doivent respecter les lois et les réglementations environnementales en vigueur.
  • Soutien financier : organisations de conservation de la faune et de la flore travaillant spécifiquement sur la protection du crapaud du Colorado.

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Christophe C, spécialiste en éthologie

Rédigé par Christophe C, spécialiste en éthologie

Passionné depuis toujours par les animaux sauvages, j'ai eu l'occasion de participer à des missions de bénévolat en Inde et en Afrique dans le cadre de la préservation de la faune sauvage. Fasciné par les reptiles et les mammifères marins, j'exerce mon métier de rédacteur animalier avec beaucoup de curiosité !