Le pot de chrysanthèmes posé sur la table basse en attendant le 1er novembre passe pour une décoration inoffensive. Pour un chat, c’est une plante qui renferme des pyréthrines et des lactones sesquiterpéniques, deux familles de molécules irritantes. Quelques pétales mâchonnés suffisent à enflammer la bouche, et les troubles digestifs apparaissent habituellement dans les heures qui suivent l’ingestion.
Aucune partie aérienne n’est épargnée.
- Les pyréthrines et lactones sesquiterpéniques du chrysanthème irritent les muqueuses et le foie du chat dès quelques pétales mâchonnés.
- La salivation excessive et les troubles digestifs apparaissent en moins d’une heure, les signes neurologiques en 2 à 12 heures après le contact.
- Laisser le pot dehors ou le transporter directement au cimetière élimine le risque d’intoxication domestique.
Une plante qui fabrique son propre insecticide
Le chrysanthème n’a rien d’une fleur ordinaire pour les chimistes. Les pyréthrines sont extraites d’une espèce précise, Chrysanthemum cinerariaefolium, et servent d’insecticide naturel depuis longtemps. Chez le chat, le problème vient du foie, qui a du mal à les éliminer. Quant aux lactones sesquiterpéniques, elles peuvent provoquer des inflammations et des réactions allergiques cutanées, en plus des troubles gastro-intestinaux.
L’étiquette « naturel » ne rassure donc personne. Les insecticides dits bio à base de pyrèthre sont d’ailleurs réputés hautement toxiques pour les félins, alors que la substance vient de la même fleur que celle de votre jardinière.
Ce qui se passe dans le corps, heure après heure
Le premier temps est digestif : perte d’appétit, bave excessive, diarrhées, vomissements. La bave s’explique par l’irritation des muqueuses de la bouche, que les molécules de la plante provoquent dès le contact. Je n’ai trouvé aucune source qui chiffre précisément la minute d’apparition des premiers signes. Dire « moins d’une heure » pour une salivation après contact est plausible, mais les sources vétérinaires parlent plutôt d’heures pour le tableau complet.
Le chat n’a même pas besoin d’avaler. Il frôle le feuillage, puis se toilette, et la dose passe par la langue.
Tremblements ou démarche titubante : direction le vétérinaire, sans attendre.
Si la quantité ingérée est plus importante, les signes neurologiques prennent le relais : tremblements, agitation, confusion, difficulté à se déplacer. Dans les cas les plus sévères, on observe des difficultés respiratoires ou des convulsions. Pour les pyréthrines, les signes cliniques surviennent de quelques heures à 12 heures après le contact. Ce délai explique que beaucoup de propriétaires ne fassent pas le lien avec la potée du salon, retirée depuis longtemps quand le chat commence à trembler.
Le scénario catastrophe reste rare, et c’est la bonne nouvelle. Un chat a peu envie de manger beaucoup de chrysanthème, ce qui limite en général l’intoxication à des troubles digestifs.
Le salon, pire endroit pour la plante comme pour le chat
Garder les pots au chaud paraît protecteur, mais c’est une habitude à contre-emploi. Le chrysanthème de Toussaint est une plante conçue pour l’extérieur, la fraîcheur et la lumière, et la chaleur d’un séjour chauffé accélère son dépérissement. Elle est donc aussi mal installée à l’intérieur que dangereuse pour l’animal.
Le risque est aggravé par un détail de mise en scène : les potées de la Toussaint posées au sol sont à portée de museau. Poser le pot sur une étagère ne règle rien avec un chat, qui saute sur un buffet sans y penser.
Une seule option tient vraiment.
Laisser les potées dehors, sur un balcon fermé ou dans une pièce où l’animal n’entre jamais, reste le plus sûr. Pour ceux qui les achètent quelques jours avant la Toussaint, le plus simple est de les prendre la veille ou le matin même, et de les transporter directement au cimetière. Le coffre de la voiture, porte fermée, évite tout contact avec l’animal à la maison.
Les bons réflexes si le mal est fait
Si votre chat a mâchonné la plante, retirez les restes de sa bouche et de son pelage, puis gardez une photo de la plante ou son étiquette. Appelez ensuite votre vétérinaire sans attendre l’apparition des symptômes : les signes évoqués plus haut imposent une consultation le jour même. Le Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires, basé à Lyon, peut aussi conseiller par téléphone. Ne provoquez pas de vomissement et ne donnez ni lait ni remède maison sans avis professionnel.
Les pyréthrines ont des cousines de synthèse, les pyréthrinoïdes, dont fait partie la perméthrine. Ingérée ou appliquée sur la peau, elle provoque chez le chat des tremblements musculaires, des convulsions et des troubles de l’équilibre. C’est pourquoi un antipuce pour chien à base de perméthrine ne doit jamais se retrouver sur un chat de la maison, ni sur le canapé où il dort.
Sources : unebelleviedechat.com | cats.com

