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« Mon cochon d’Inde ne se lève plus pour ses légumes » : au téléphone, le vétérinaire m’a demandé depuis combien de temps le sac était ouvert avant même de parler de symptômes

« Mon cochon d'Inde ne se lève plus pour ses légumes » : au téléphone, le vétérinaire m'a demandé depuis combien de temps ...

Un cochon d’Inde qui reste prostré au lieu de se précipiter sur sa gamelle de légumes, c’est le signal d’alarme numéro un chez cet animal. Mais avant de demander si la bête tremble, respire mal ou a de la fièvre, un vétérinaire compétent posera souvent une question qui surprend : depuis combien de temps le sac de granulés est-il ouvert ? Cette interrogation, loin d’être anecdotique, oriente immédiatement le diagnostic vers la cause la plus fréquente de léthargie chez le cobaye : une carence en vitamine C.

À retenir

  • Un détail sur le sac de croquettes révèle immédiatement le diagnostic au vétérinaire
  • La vitamine C disparaît bien avant que votre cochon d’Inde ne montre des symptômes
  • Une maladie de marins du XVIIIe siècle tue toujours silencieusement les cobayes

Pourquoi la date d’ouverture du sac compte plus que les symptômes

Le cochon d’Inde fait partie des rares mammifères, avec l’humain et quelques primates, incapables de fabriquer leur propre vitamine C. L’acide ascorbique tire d’ailleurs son nom du préfixe grec « a » privatif et du mot scorbut, cette maladie causée par la carence en vitamine C, ce qui en fait la vitamine « anti-scorbut ». En conséquence, il est indispensable d’apporter quotidiennement de la vitamine C dans son alimentation. Le problème, c’est que cette molécule est d’une fragilité déconcertante.

La plupart des aliments complets sont supplémentés en vitamine C, mais cela ne suffit pas à garantir un bon apport, car cette vitamine est détruite au contact de l’eau, de l’air et de la lumière. Un sac de croquettes ouvert risque donc fort de voir son taux d’acide ascorbique dégringoler. Un chiffre donne le vertige : malgré un stockage correct dans un endroit frais et sec, les granulés perdent environ la moitié de leur vitamine C par dégradation en six semaines après leur fabrication. Six semaines. C’est le temps qu’il faut à peine plus long qu’un mois et demi pour qu’un aliment censé couvrir les besoins essentiels de l’animal devienne, en pratique, presque inutile sur ce plan-là.

D’où la question du vétérinaire au téléphone. S’il apprend que le sac traîne ouvert depuis trois ou quatre mois, il sait déjà, avant même d’ausculter l’animal, qu’il a de fortes chances de se trouver face à un début de scorbut. Le temps entre le moment où le régime est carencé et le moment où les premiers symptômes se produisent est long, et la stabilité de la vitamine C des aliments est généralement de 3 mois par rapport à la date de fabrication. le mal a pu s’installer discrètement pendant des semaines avant que le cobaye ne montre le moindre signe.

Le scorbut, cette maladie de marins qui n’a pas disparu

On associe spontanément le scorbut aux grands voiliers du XVIIIe siècle et à leurs équipages privés d’agrumes pendant des mois. Pourtant, cette pathologie reste, aujourd’hui encore, l’une des premières causes de mortalité chez le cochon d’Inde domestique. C’est l’une des premières causes de mortalité du cochon d’Inde, due à une alimentation trop pauvre en fruits et légumes, c’est-à-dire dépourvue de vitamine C, et la carence est grave puisqu’elle entraîne le décès rapide de l’animal s’il n’est pas soigné à temps.

Les signes ne trompent pas, une fois qu’on sait les reconnaître. Une déficience en vitamine C provoque le scorbut, une maladie qui produit léthargie, articulations enflées ou douloureuses, difficulté à marcher, mauvais pelage, gencives saignantes et perte de poids. Le comportement alimentaire change en premier : le cobaye commence par trier sa nourriture puis par la bouder, il ne mange presque plus rien et devient petit à petit anorexique, et il maigrit de jour en jour. Vient ensuite l’immobilité qui a tant inquiété notre lecteur au téléphone : il a du mal à se déplacer et reste prostré dans un coin, ses articulations se déforment et gonflent, son poil devient terne et sec, avec parfois des croûtes autour des yeux.

Ce qui rend la maladie particulièrement traître, c’est sa progression lente puis soudainement brutale. Le cobaye présente alors une difficulté à se déplacer car les articulations des membres postérieurs sont gonflées et douloureuses, et le propriétaire pense alors à une paralysie du train arrière, alors qu’il s’agit dans la majorité des cas du scorbut, cette même maladie qui a longtemps rongé les marins privés de fruits frais. Un cochon d’Inde qui traîne l’arrière-train n’a donc pas forcément un problème neurologique : il a peut-être simplement manqué de poivron pendant deux mois.

Ce qu’il faut réellement changer dans la gamelle

Le besoin quotidien n’a rien d’anecdotique. Il se situe entre 15 et 20 mg/kg chez le cochon d’Inde adulte, et double chez le jeune en croissance, voire triple, jusqu’à 60 mg/kg par jour, chez la femelle gestante ou allaitante ainsi que pendant les phases de maladie. Compter uniquement sur les granulés du commerce pour couvrir ces besoins relève donc du pari perdu d’avance, surtout passé le premier mois d’ouverture du paquet.

La solution la plus fiable reste les légumes frais donnés chaque jour, sans interruption. Le poivron, surtout le rouge, le brocoli, le chou frisé et le fenouil figurent parmi les meilleures sources. Attention toutefois aux fausses bonnes idées : les préparations à mettre dans l’eau du biberon ne sont pas à privilégier étant donné la dégradation rapide de l’acide ascorbique dans l’eau et à la lumière. Pire, les cochons d’Inde sont connus pour être de fins goûteurs et risquent de ne pas boire l’eau une fois le supplément ajouté, ce qui aggrave la carence au lieu de la corriger.

Côté croquettes, deux réflexes simples changent tout. D’abord surveiller la date de fabrication et ne jamais acheter en trop grande quantité : il est important de prêter attention à la date d’emballage et de remplacer les granulés tous les six mois, car la vitamine C se dégrade avec le temps. Ensuite, soigner le stockage une fois le sac entamé, dans un endroit sec et frais, sous 22°C, loin d’une fenêtre ou d’un radiateur. Ce fameux sac « acheté en gros pour économiser », si tentant sur le papier, devient en réalité le pire cadeau qu’on puisse faire à son animal s’il traîne ouvert plusieurs mois dans un placard de cuisine, exposé à la chaleur et à l’humidité ambiante.

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Rédigé par Vincent