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Je fumais tranquillement dans mon salon sans me poser de questions : le jour où le vétérinaire m’a expliqué ce que respirait mon chat, j’ai compris ce que je lui faisais subir

Ce jour-là, le vétérinaire n’a pas mâché ses mots : chaque cigarette fumée dans le salon, c’est une dose de poison inhalée par le chat, mais aussi léchée sur son pelage lors de la toilette. Deux voies d’intoxication au lieu d’une. Voilà ce que la plupart des fumeurs ignorent, jusqu’au jour où un professionnel leur met les chiffres sous les yeux.

Un chat qui dort sur le canapé pendant qu’on fume n’inhale pas un vague résidu de fumée. Il respire un cocktail de particules fines et de gaz toxiques qui se dispersent dans toute la pièce, même fermée. Une cigarette contient plus de 4000 substances chimiques différentes dont plus de 50 se sont avérées cancérigènes, et les résidus se dispersent dans l’air puis se déposent partout dans l’environnement, en particulier sur le pelage des chats. Le monoxyde de carbone fait partie du lot, tout comme l’acétaldéhyde ou l’arsenic. Les chats exposés à la fumée secondaire continuent d’inhaler l’air pollué qui contient des particules toxiques comme le monoxyde de carbone et divers produits chimiques nocifs tels que l’acétaldéhyde ou l’arsenic.

À retenir

  • Les chats exposés à la fumée la respirent ET l’ingèrent en se léchant : une double exposition que beaucoup ignorent
  • Une étude rigoureuse établit un lien entre tabac et lymphome félin avec un risque multiplié jusqu’à 4 fois
  • Au-delà du cancer, des symptômes discrets comme la toux et l’asthme s’aggravent, souvent confondus avec d’autres pathologies

Un animal deux fois plus exposé que l’humain

Ce qui distingue le chat, c’est son rituel du toilettage. Là où un chien secoue son pelage ou se contente de quelques coups de langue, le chat passe des heures à se lécher méticuleusement, avalant au passage tout ce qui s’est déposé sur ses poils. Le chat subit doublement les effets nocifs du tabac : en inhalant la fumée et en léchant les particules retombées sur son pelage. Une vétérinaire britannique ayant travaillé sur le sujet le résume sans détour : les chats sont encore plus affectés, cela pourrait être dû au fait que les chats se toilettent beaucoup, ce qui augmenterait la quantité de fumée absorbée par le corps.

À cela s’ajoute une particularité physiologique qui aggrave encore la donne. Selon le Dr Henriquez, les animaux seraient plus vulnérables au tabagisme passif que les humains à cause du monoxyde de carbone qui se dégage de la fumée de cigarette, en ayant une fréquence respiratoire plus élevée que celle de l’homme. Un chat au repos respire déjà plus vite qu’un humain assis dans le même canapé. Mécaniquement, il absorbe davantage de toxiques par minute d’exposition. Pas besoin d’être vétérinaire pour comprendre que la marge de sécurité, si elle existe, est bien plus mince pour lui que pour son propriétaire.

Le lymphome, la maladie qui a fait basculer la recherche

C’est une étude américaine, menée conjointement par les universités de Tufts et du Massachusetts, qui a le plus solidement établi le lien entre tabac et cancer félin. Les auteurs ont conduit une étude cas/contrôles chez 80 chats atteints de lymphome malin et chez 114 contrôles, ainsi qu’auprès de leurs maîtres, entre 1993 et 2000, dans un hôpital vétérinaire du Massachusetts. Le protocole était rigoureux : un questionnaire détaillé sur l’exposition domestique à la fumée, croisé avec le diagnostic médical de chaque animal. Les chercheurs ont recueilli des informations auprès des propriétaires grâce à un questionnaire portant notamment sur l’exposition à la fumée de tabac dans le foyer au cours des deux années précédant le diagnostic.

Le résultat publié dans l’American Journal of Epidemiology a de quoi faire réfléchir n’importe quel fumeur possédant un chat. Après ajustement selon les différentes variables, le risque relatif de lymphome malin pour les chats soumis à un environnement enfumé a été de 2,4. Et ce chiffre grimpe encore selon l’ancienneté et l’intensité de l’exposition : le risque de lymphome est multiplié par 3,2 chez les chats qui vivent depuis plus de 5 ans avec des fumeurs par rapport à des chats non exposés, et chez les chats vivant dans une maison où les propriétaires fument plus d’un paquet de cigarettes par jour, le risque relatif de lymphome est multiplié par 3,3. Certaines sources évoquent même un risque multiplié jusqu’à quatre selon les profils étudiés. Un chat exposé à la fumée de cigarette peut présenter un risque jusqu’à 4 fois plus élevé de développer un lymphome.

Ce cancer n’est pas anodin : c’est l’un des plus fréquents chez le chat domestique, et il touche particulièrement les jeunes animaux. Des études ont montré que les chats exposés au tabagisme passif sont plus susceptibles de développer certaines maladies chroniques bénignes telles que l’hyperplasie adénomateuse du nez, ainsi que des cancers tels que le lymphome chez les jeunes chats. Un vétérinaire cancérologue de l’École nationale vétérinaire d’Alfort rappelle d’ailleurs une réalité brutale sur ce type de tumeur : on ne peut pas parler de guérison, mais de guérison transitoire, car il est assez rare de se débarrasser du cancer.

Toux, asthme, allergies : des symptômes qu’on attribue trop souvent à autre chose

Le lymphome n’est que la partie visible de l’iceberg. Au quotidien, le tabagisme passif s’installe d’abord sous des formes plus discrètes, souvent confondues avec un simple rhume ou une sensibilité chronique. Les fumées peuvent gravement compromettre la santé du chat en irritant son système respiratoire (sinus, gorge, trachée, bronches, poumons), voire provoquer des maladies plus graves. Une bronchite chronique mal soignée peut évoluer vers quelque chose de plus sérieux : la bronchite chronique peut s’étendre jusqu’au poumon et l’animal peut alors développer une pneumonie.

L’asthme félin, une pathologie déjà répandue chez le chat, se trouve lui aussi aggravé par l’exposition à la fumée. Les chats ne sont malheureusement pas en reste, car en plus des troubles respiratoires causés par la cigarette (asthme), cette dernière augmente la probabilité d’apparition de lymphome, une tumeur maligne fréquente chez les chats, et limitant très fortement leur espérance de vie. Une toxicologue de l’école vétérinaire de Maisons-Alfort ajoute un autre volet, moins connu, celui des allergies cutanées : les études ont montré qu’il y avait d’une part un risque pour l’animal de développer un cancer de la cavité nasale ou de lymphome, et non pas un cancer pulmonaire comme cela est très fréquent chez l’homme, et d’autre part un risque plus élevé d’atopies, c’est-à-dire d’allergies cutanées.

Un détail mérite d’être signalé pour ceux qui pensent limiter les dégâts en passant à la cigarette électronique ou aux patchs. Le danger ne disparaît pas, il change simplement de forme. Les patchs et les gommes à mâcher, riches en nicotine, représentent également un danger important pour les animaux s’ils les ingèrent. Un mégot oublié sur une table basse ou un patch tombé au sol peut provoquer une intoxication aiguë bien plus rapide que l’exposition chronique à la fumée, avec des symptômes qui apparaissent en quelques minutes à peine. Ranger ces objets hors de portée n’est donc pas un détail, c’est une urgence aussi concrète que celle de sortir fumer sur le balcon.

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Rédigé par Vincent