L’anaconda vert, que l’on croyait unique, pourrait former deux espèces. Une étude publiée en 2024 dans la revue Diversity décrit Eunectes akayima, l’anaconda vert du Nord, distinct de l’anaconda vert classique, Eunectes murinus. Les analyses ADN montrent entre eux un écart de 5,5 %, alors que l’humain et le chimpanzé ne diffèrent que d’environ 2 %.

Dix millions d’années de séparation, sans barrière géographique évidente.

À retenir
  • Une étude publiée en 2024 décrit Eunectes akayima, distincte de l’anaconda vert classique.
  • L’écart génétique entre les deux taxons atteint 5,5 %.
  • L’anaconda vert est le serpent le plus lourd du monde, sans venin.

Un géant des eaux calmes

Le serpent fréquente les bassins de l’Amazone et de l’Orénoque. Il s’y installe dans les lacs, les cours d’eau lents, les savanes inondées une partie de l’année et les marécages. Le Parc amazonien de Guyane lui attribue jusqu’à trois mètres pour les mâles, plus de cinq pour les femelles, et un poids pouvant atteindre 70 kg. D’autres références parlent de plus de 200 kg pour les plus grosses femelles, et une femelle de 6,3 mètres a été mesurée en 2024 en Amazonie équatorienne.

Sa robe brun-verdâtre, parsemée de grosses taches noires et d’ocelles blancs sur les flancs, le fond dans la végétation. Il vit surtout dans l’eau, où seuls ses yeux et ses narines dépassent la plupart du temps. Il peut y rester de 10 à 20 minutes sans respirer.

Reste la question du titre. Le python réticulé d’Asie le bat en longueur, mais l’anaconda vert l’emporte en masse, ce qui en fait le serpent le plus lourd du monde.

Plusieurs titres de presse ont parlé du plus grand serpent jamais observé. Le raccourci est trop rapide : le spécimen rencontré en Équateur n’établit pas de record absolu à l’échelle mondiale. Les chiffres les plus spectaculaires viennent de témoignages, pas de pesées, car mesurer un animal vivant dans une eau boueuse n’a rien d’une opération de laboratoire.

Constricteur sans venin, digestion au long cours

L’anaconda n’a aucun venin : il enserre sa proie dans ses anneaux jusqu’à l’étouffer, puis l’avale d’un bloc grâce à une mâchoire déboîtable. Au menu figurent cabiais, cerfs, caïmans adultes et même des tapirs.

La digestion d’un tel repas peut durer jusqu’à cinq jours.

La reproduction se joue dans l’eau et tourne à la mêlée. Une femelle sexuellement active émet des phéromones qui attirent des dizaines de mâles, réunis dans un enchevêtrement que les spécialistes nomment « boule de reproduction ». Le mâle qui parvient à lover son cloaque contre celui de la femelle la féconde. Après sept mois de gestation, les œufs éclosent à l’intérieur de la mère, qui met bas des petits déjà formés.

Deux espèces, un débat

La médiatisation de la découverte vient d’une expédition menée à Bameno, sur les terres des Waorani, en Amazonie équatorienne. Conduite par le professeur Bryan Fry, de l’Université du Queensland, elle a accompagné le tournage d’une série de National Geographic pour Disney+, avec Will Smith à l’écran. En dix jours de pirogue, l’équipe a observé plusieurs anacondas, dont une femelle de 6,3 mètres, soit la longueur d’un camping-car compact, pour un poids estimé à plus de 250 kg, celui de trois adultes.

Les chercheurs ont travaillé avec des protocoles non létaux : prises de sang, comptage d’écailles, photos, mesures, puis relâche des animaux. Les récits des Waorani évoquent des bêtes de 7,5 mètres pour près de 500 kilos, un chiffre que les scientifiques traitent avec prudence.

Le travail génétique, lui, s’est étalé sur près de vingt ans. L’équipe a parcouru neuf pays d’Amérique du Sud pour collecter de l’ADN dans différentes populations. Le découpage reste pourtant discuté : Dubois et ses collègues ont publié une réponse qui conteste les résultats de la révision taxonomique. Si la séparation tient, les populations du nord de l’Amazonie, de l’Équateur au Venezuela et aux Guyanes, relèveraient d’akayima, celles du Brésil de murinus.

Un prédateur à protéger, un animal de légende

L’anaconda vert figure en « préoccupation mineure » sur la liste rouge de l’UICN, un classement antérieur à la scission en deux espèces. La principale menace reste la destruction de son habitat. S’y ajoutent la chasse, la fragmentation des milieux et l’exploitation forestière. En Guyane, l’espèce est partiellement protégée et sa commercialisation interdite.

Au sommet de la chaîne alimentaire, l’anaconda régule les populations de poissons, de rongeurs, de cerfs et de caïmans. Peu de prédateurs s’en prennent à lui, et un individu peut vivre jusqu’à 25 ans.

Pour les peuples amazoniens, c’est d’abord un personnage de mythe. Des récits de création du monde racontent un anaconda qui serpente dans les méandres du grand fleuve et peuple les villages de ses rives : le serpent-canoë, que l’on retrouve sur des poteries archéologiques de la tradition polychrome amazonienne. Chez les Waorani, l’animal est sacré, et c’est leur chef, Penti Baihua, qui a invité l’équipe scientifique à explorer la région en canoë.

Ce que l’on sait de l’animal reste récent : la première étude de terrain consacrée à sa biologie date de 1992, menée par Jesus Rivas dans les llanos vénézuéliens. Ce biologiste figure aujourd’hui parmi les auteurs de la révision taxonomique de 2024.

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