Un simple épi d’herbe sèche. Voilà ce que l’œil voit quand un épillet se coince dans le pelage d’un chien après une balade estivale. La réalité, elle, est bien plus sombre : cet épi sec s’incruste sous la peau du chien et « fait son chemin » à l’intérieur du corps, pouvant entraîner de graves lésions et de lourdes conséquences sur la santé de l’animal. Abcès, perforation du tympan, atteinte pulmonaire, voire paralysie dans les cas les plus rares. L’épillet est une des urgences vétérinaires les plus fréquentes de l’été, et pourtant parmi les moins anticipées par les propriétaires.
À retenir
- Comment un épi d’herbe ordinaire devient-il un harpon mortel pour votre chien ?
- Quels symptômes devrait vous alarmer sans que vous le soupçonniez vraiment ?
- Pourquoi retirer soi-même un épillet pourrait être une grave erreur ?
Une mécanique de harpon à sens unique
L’épillet est une partie des plantes de la famille des graminées, située à l’extrémité de la plante et correspondant à l’inflorescence élémentaire ou épi, qui se dissémine par le vent ou en s’accrochant au pelage des animaux. Ce qui le rend particulièrement redoutable, c’est sa morphologie. Sa forme effilée, munie de petites barbes orientées vers l’arrière, agit comme un harpon. L’épillet avance dans le sens du poil, et va jusqu’à s’immiscer dans tous les recoins imaginables du chien. Résultat : une fois entré, il ne peut plus ressortir seul. Il est rare qu’un épillet disparaisse de lui-même une fois qu’il a pénétré dans le corps. Sa structure lui permet généralement de progresser plus profondément, augmentant les risques de complications.
Au cœur de l’été, les épillets s’assèchent, deviennent plus fins et plus durs, et se détachent facilement de la plante. C’est précisément à ce moment-là qu’ils deviennent les plus dangereux. Ce phénomène se produit souvent lorsque les propriétaires jouent à la balle ou au frisbee avec leur chien dans les prés. Le chien court vite et s’arrête brusquement, ce qui permet à l’épillet de pénétrer rapidement dans la peau. Un sprint de quelques secondes, et le mal est fait.
Les sujets à poils longs ou frisés, ainsi que ceux à oreilles tombantes (épagneuls, colleys, caniches, cockers…) sont plus exposés car les épillets s’accrochent plus facilement dans leur pelage. Mais aucune race n’est à l’abri. Les affections dues aux épillets sont particulièrement fréquentes en plein été, mais peuvent intervenir durant toute la belle saison, de mai à septembre, lors de la pousse des graminées.
Les signaux d’alarme à ne jamais ignorer
Les épillets pénètrent par les orifices naturels du chien, à travers les plis de peau ou s’accrochent dans les poils notamment au niveau des pattes, des flancs, de la tête et de la queue. Les zones les plus affectées sont le conduit auditif, les yeux, le nez et les pattes au niveau des espaces interdigités, entre les coussinets. Selon la localisation, les symptômes changent radicalement, ce qui complique parfois le diagnostic à domicile.
Dans l’oreille, le chien peut secouer la tête de manière répétée, garder la tête penchée du côté atteint, émettre parfois des gémissements ou des cris, ou refuser qu’on touche son oreille. L’épillet peut migrer jusqu’au tympan et parfois le perforer. Dans le nez, le chien éternue brutalement, se secoue la tête, renifle. Assez rapidement, un écoulement parfois hémorragique est visible au niveau de la narine touchée. Au niveau des yeux, le chien cligne des paupières, a les yeux qui larmoient, se frotte, se gratte avec les pattes. Rapidement, il garde l’œil fermé. Des complications d’ulcère de la cornée, voire une perforation de l’œil, sont fréquentes.
Entre les coussinets, c’est souvent une boiterie soudaine qui met la puce à l’oreille. Une infection se développe, un abcès se forme et finit par percer. Un orifice (fistule) par lequel s’écoule un peu de pus éventuellement mélangé à du sang peut alors être observé entre les doigts. L’épillet peut également progresser le long de la patte et parfois migrer très loin de son point d’entrée. Ce détail est capital : l’épillet de départ n’est plus forcément là où la douleur se manifeste.
Les cas les plus graves, heureusement rares, font froid dans le dos. Certains cas ont été décrits avec des épillets dans la cage thoracique, nécessitant des lobectomies partielles, voire dans la moelle épinière, entraînant une paralysie. Les signes évocateurs de migration profonde sont non spécifiques : fièvre intermittente, abattement, perte d’appétit, amaigrissement, toux sèche ou difficultés respiratoires sans cause évidente, parfois plusieurs semaines après l’épisode initial.
Ce que vous ne devez pas faire, et ce que fait le vétérinaire
L’erreur la plus commune : tenter d’extraire soi-même l’épillet dès qu’on suspecte qu’il a pénétré sous la peau ou dans une cavité. À moins que l’épillet soit simplement pris dans les poils, mieux vaut ne pas tenter de l’enlever seul, et se tourner vers un vétérinaire, même si on a l’impression de pouvoir le retirer facilement. Dans l’oreille notamment, il est crucial de ne pas utiliser de produit pour nettoyer l’oreille : cela pourrait fausser le diagnostic. De plus, causer des dégâts supplémentaires, en particulier si le tympan a été percé par l’épillet.
Côté vétérinaire, l’extraction est souvent plus complexe qu’elle n’y paraît. Pour les épillets peu profonds, situés sous la peau, une incision est réalisée sous contrôle échographique, puis une pince est introduite et permet l’extraction. L’échographie guide le vétérinaire et permet de vérifier que tous les composants de l’épillet ont bien été retirés. Quand la migration est déjà avancée, le recours à la chirurgie est généralement indispensable, mais le pronostic est souvent très réservé et plusieurs interventions peuvent être nécessaires. La règle d’or reste simple : le pronostic est excellent si l’épillet a pu être extrait rapidement.
La prévention : cinq minutes après chaque balade
La bonne nouvelle, c’est que la prévention repose sur un geste accessible à tous. Après chaque promenade, vérifiez si votre chien n’a pas attrapé d’épillet, notamment au niveau des zones sensibles. Caressez et brossez votre chien sur tout le corps (un épillet paraîtra dur et piquant) et observez l’intérieur des oreilles, de sa gueule et entre ses coussinets. Cinq minutes d’inspection systématique peuvent éviter une opération et des semaines de convalescence.
Raccourcir les poils de votre chien au niveau des oreilles, de l’extrémité des pattes et de la vulve ou du fourreau peut également contribuer à limiter les risques d’accrocher un épillet. Pour les propriétaires de jardin, éliminez les épillets présents dès la formation des épis et débarrassez-vous des restes de tontes. Une herbe fraîchement coupée mais laissée sur place reste une source de danger.
Si votre chien a été exposé à des herbes hautes sèches dans les mois précédents et présente des symptômes non spécifiques comme de la fièvre ou une toux sèche, mentionnez systématiquement cet antécédent à votre vétérinaire : il orientera les examens complémentaires en conséquence. Un détail de balade raconté au bon moment peut changer un diagnostic, et parfois, sauver une vie.
Source : fregis.com
