Un rebord d’oreille qui rougit, une petite croûte qui apparaît puis disparaît, un chat qui se gratte un peu plus que d’habitude : voilà un tableau que beaucoup de propriétaires de chats blancs mettent sur le compte de la chaleur estivale. C’est justement l’erreur à ne pas commettre. Chez un chat au pelage blanc ou aux oreilles dépigmentées, ces croûtes signalent le plus souvent une dermatite actinique, la porte d’entrée vers un cancer de la peau bien identifié par les vétérinaires : le carcinome épidermoïde.
Chez le chat, ce cancer est lié à l’exposition au soleil : on observe d’abord une « dermatite solaire », caractérisée par des zones rouges avec parfois des croûtes, le plus souvent localisées sur le bord des oreilles, les paupières et le nez. Le problème, c’est que ces croûtes peuvent apparaître et disparaître, mais si les lésions persistent, elles évoluent en cancer. le fait que la croûte semble guérir toute seule au bout de quelques jours ne veut absolument rien dire. Elle peut très bien revenir, s’installer, et signer le début d’une maladie beaucoup plus sérieuse qu’un simple coup de chaud.
À retenir
- Pourquoi les petites croûtes qui disparaissent seules restent dangereuses
- Le facteur de risque choquant qui distingue les chats blancs des autres
- Le détail du bord de l’oreille que les vétérinaires ne manquent jamais
Pourquoi les chats blancs paient un tribut si lourd au soleil
La raison tient à un détail anatomique tout simple : l’absence de pigment. Les chats à oreilles blanches, au pelage blanc, sont prédisposés aux cancers de la peau et doivent être protégés s’ils sont souvent au soleil, car leur peau dépigmentée est plus sensible en raison de l’absence de mélanine pour la protéger. Sans cette barrière naturelle, chaque exposition aux ultraviolets agresse directement les cellules cutanées.
Les chiffres donnent le vertige. Les chats blancs ont 13 fois plus de risque de souffrir d’un cancer de la peau que les autres, et certaines cliniques avancent même un facteur 14 sur les chats blancs ou aux oreilles blanches. Un chat tigré et blanc, un chat noir et blanc dont seules les oreilles sont claires, n’est pas épargné pour autant : les matous et minettes à panachures blanches sont également concernés lorsque leurs oreilles sont à pelage blanc. La couleur du corps compte moins que celle, précise, du pavillon auriculaire et du museau.
L’âge joue aussi son rôle. Ce cancer affecte surtout les chats seniors, généralement entre 10 et 12 ans, et apparaît principalement sur la tête, notamment sur les oreilles, les paupières ou la truffe. Un chat qui a passé une décennie à somnoler sur le rebord d’une fenêtre ou dans le jardin cumule les séances d’exposition, saison après saison, jusqu’à ce que les mutations cellulaires finissent par s’accumuler. Le mode de vie extérieur, dans une région ensoleillée, aggrave logiquement les statistiques.
Les signes qui doivent vraiment inquiéter
Le premier stade porte un nom technique : la kératose actinique. Les premiers stades de la maladie sont appelés lésions de kératose actinique précancéreuse, peu spécifiques, mais observables facilement sur la pointe blanche des oreilles ou autour de la truffe, sous forme de rougeurs, de croûtes, d’une déformation ou de pellicules. Rien de spectaculaire à ce stade. C’est justement ce qui rend la vigilance difficile : le chat ne semble pas souffrir, la lésion ressemble à une simple irritation.
Le détail qui doit alerter, c’est l’aspect du bord de l’oreille lui-même. Concernant l’oreille, on a parfois l’impression que le bord est « grignoté », et il saigne très facilement. Une plaie qui ne cicatrise pas, qui reprend après chaque nettoyage, qui s’étend millimètre par millimètre vers la base du pavillon : c’est le signal à ne surtout pas relativiser. Le calendrier lui-même est trompeur, puisque ces lésions apparaissent l’été, puis ont tendance à s’améliorer en hiver lorsque l’exposition solaire est moins prononcée. Ce cycle saisonnier rassure à tort les propriétaires, qui voient la croûte régresser en octobre et oublient le problème jusqu’à l’été suivant, alors que la maladie sous-jacente, elle, continue de progresser en silence.
Sur le plan médical, seul un examen tranche vraiment. Face à un chat blanc ou partiellement blanc présentant des croûtes et ulcères sur le bord des oreilles ou le nez, le vétérinaire émettra une suspicion de carcinome épidermoïde, mais le diagnostic définitif ne pourra être posé qu’après analyse histologique des lésions au microscope. Une biopsie sous anesthésie légère, quelques jours d’attente, et le verdict tombe. Pas de place pour l’approximation ici, un bouton d’acné féline ou une gale des oreilles mal soignée peuvent parfaitement mimer les premiers symptômes.
Consulter vite, traiter tôt : la seule vraie règle
La bonne nouvelle, si l’on peut dire, c’est que ce cancer évolue lentement. Ce type de cancer a tendance à se propager lentement et ne métastase en principe jamais avant les stades ultimes. Cela laisse une fenêtre d’action réelle, à condition de ne pas la laisser filer une année de plus en se disant que « ça passera avec le froid ».
Côté traitement, la chirurgie reste la référence. Quand la lésion touche le bord de l’oreille, les vétérinaires pratiquent une otectomie, une ablation partielle du pavillon. Cela semble radical, mais on coupe l’oreille du chat, cela peut paraître barbare mais cela va lui sauver la vie ; sa vie n’en sera absolument pas gênée, il entendra toujours aussi bien. Pour les lésions plus étendues ou situées sur des zones difficiles à opérer, la cryochirurgie ou la radiothérapie complètent l’arsenal disponible.
La prévention, elle, tient en quelques gestes simples et peu coûteux. Si le chat est blanc ou si la peau de ses oreilles n’est pas pigmentée, mieux vaut le garder à l’intérieur pendant les heures les plus ensoleillées, et lui appliquer une crème solaire adaptée sur les zones non pigmentées s’il sort. Des formules existent désormais spécifiquement pour les chats, pensées pour résister au léchage et à la toilette. Un détail à ne pas négliger : contrairement à une idée reçue, le pelage ne protège pas totalement la peau, et certaines races, comme les sphinx, n’ont pas de poils, ce qui rend leur peau aussi sensible que la nôtre. Une raison de plus pour surveiller ce bord d’oreille chaque été, avant que la croûte anodine ne devienne un rendez-vous chirurgical.
Sources : wamiz.com | purina.fr
