Un demi-comprimé de paracétamol dosé à 500 mg suffit à intoxiquer sérieusement un chat de 4 kilos. La moitié d’un comprimé dosé à 500 mg ou encore une seringue doseuse entière de paracétamol en sirop pour enfant suffisent à occasionner une intoxication sérieuse pour un chat de 4 kg. Ce jour-là, gencives grises au réveil, c’est ce qu’un propriétaire aura découvert sur son animal après un geste qu’il pensait anodin. Le paracétamol, présent dans presque toutes les pharmacies familiales, se transforme chez le chat en poison à action rapide.
Le foie du chat ne sait tout simplement pas gérer cette molécule. Contrairement aux humains et même aux chiens, les chats possèdent une faible capacité à métaboliser le paracétamol, la carence en glucuronyl transférase, une enzyme nécessaire pour la détoxication du médicament, rendant ce processus quasiment impossible pour eux. Résultat : au lieu d’être éliminé, le principe actif s’accumule et déclenche une cascade toxique.
Le paracétamol s’accumule dans le foie et déclenche une réaction qui détruit les cellules du foie puis agit au niveau du sang en modifiant l’hémoglobine contenue dans les globules rouges. L’hémoglobine est transformée en méthémoglobine, ce qui entraîne une coloration brun-chocolat du sang, qui n’est alors plus capable de transporter correctement l’oxygène dans l’organisme. C’est exactement ce mécanisme, la méthémoglobinémie, qui explique la couleur inquiétante des muqueuses.
- Un demi-comprimé de paracétamol 500 mg intoxique sérieusement un chat de 4 kilos
- Le foie du chat ne peut pas métaboliser le paracétamol, qui s’accumule et détruit les cellules hépatiques et transforme l’hémoglobine en méthémoglobine
- Les symptômes apparaissent en 1 à 12 heures : gencives grises, vomissements, difficultés respiratoires et urine sombre
- L’antidote N-acétylcystéine ne fonctionne que dans les 8 heures suivant l’ingestion
Des gencives grises, un signal d’alarme immédiat
Chez le chat, tout va très vite. Les symptômes sont d’apparition rapide, dans les 2 à 4 heures suivant l’ingestion : d’abord abattement, vomissements, muqueuses pâles, grises à bleues, liées au défaut de transport d’oxygène dans les tissus. D’autres sources élargissent cette fenêtre : les chats présentent le plus souvent des symptômes 1 à 12 heures après l’ingestion du paracétamol.
La coloration des gencives n’est pas le seul signe. Les symptômes rencontrés sont majoritairement liés à la méthémoglobinisation de l’hémoglobine : difficultés respiratoires, augmentation de la fréquence cardiaque, muqueuses bleues, vomissements, coloration noire des urines, prostration voire coma, hypothermie. Un chat qui halète anormalement en position couchée, qui refuse de bouger, qui présente une urine sombre : chacun de ces signes, pris isolément, peut sembler bénin. Ensemble, ils dessinent le tableau classique d’une intoxication au paracétamol.
Le foie souffre en silence avant même que les signes sanguins n’apparaissent. La toxicité hépatique survient le plus souvent avant la toxicité sanguine. quand les gencives virent au gris, les dégâts internes ont souvent déjà commencé plus tôt que ce que l’œil peut voir.
Ce qu’il faut faire dans l’heure qui suit
Chaque minute compte. N’attendez pas les premiers symptômes pour intervenir : contactez immédiatement votre vétérinaire ou un centre antipoison animalier. Le réflexe de « surveiller un peu » avant d’agir est précisément celui qui aggrave le pronostic.
Certains gestes de premiers secours existent, mais ils doivent rester encadrés. Si l’intoxication remonte à moins de 1 heure, il est utile de faire vomir le chat, et l’on peut aussi administrer du charbon activé pour favoriser l’élimination du toxique, en faisant très attention que le chat ne fasse pas une fausse route. Ne jamais provoquer de vomissement sans validation vétérinaire au préalable : le risque de complication respiratoire n’est pas négligeable.
L’antidote existe, mais il a une date de péremption biologique très courte. Le vétérinaire pourra administrer un antidote, la N-acétylcystéine, par voie intraveineuse ou orale, en complément d’un traitement de soutien des fonctions vitales par perfusion ou transfusion, voire une oxygénothérapie si l’hypoxie est importante. Encore faut-il agir vite. Pour être efficace, cet antidote doit être donné dans les 8 heures qui suivent l’ingestion. Passé ce délai, les chances de succès chutent nettement, même si le traitement reste tenté.
D’autres substances viennent parfois compléter le protocole. De la vitamine C à 30 mg/kg est donnée par voie orale toutes les 6 heures pendant 7 traitements. Plus récemment, l’utilisation de la S-adényl-méthionine (SAMe) a été proposée dans le cadre du traitement des intoxications au paracétamol chez le chat. Ces traitements associés visent à limiter les dégâts sur les globules rouges pendant que l’organisme évacue peu à peu le toxique.
Un pronostic qui reste toujours incertain
Même sauvé, l’animal n’est pas tiré d’affaire pour autant. Le pronostic d’une intoxication au paracétamol est toujours réservé, notamment chez le chat, car des séquelles importantes peuvent persister même si l’animal se rétablit : atteinte définitive de la fonction hépatique ou rénale. Un chat qui a survécu à l’intoxication peut donc traîner des fragilités hépatiques pendant des mois, voire toute sa vie.
Dans les cas les plus graves, l’issue devient prévisible. En cas de troubles neurologiques ou de coma, l’évolution mortelle est quasi inéluctable. C’est dire l’écart de gravité entre un chat traité dans l’heure et un chat pris en charge le lendemain, une fois les gencives déjà grises.
La bonne nouvelle, si l’on peut dire, tient dans un chiffre simple à retenir. Une seule dose aussi basse que 50 mg/kg peut causer une intoxication sévère, tandis que des doses plus élevées, 100 mg/kg et plus, sont généralement fatales sans intervention rapide. Autant dire qu’aucune dose de paracétamol humain ne peut être considérée comme « sans risque » pour un chat, quel que soit son poids ou la gravité apparente de sa fièvre.
Le message des vétérinaires urgentistes reste constant depuis des années : mieux vaut un appel nocturne au vétérinaire de garde qu’un comprimé donné par prudence mal placée. Le prix d’une consultation d’urgence est sans commune mesure avec celui d’une hospitalisation en soins intensifs, quand elle arrive encore à temps.
Sources : urgences-veterinaires.fr | urgences-veterinaires-geneve.ch | france-pharmacies.fr

