Des selles noires et goudronneuses. C’est le signe qui a alerté le vétérinaire : du sang digéré, preuve d’une hémorragie interne. Une mare d’apparence banale, visitée pendant une balade estivale, peut en quelques heures transformer un chien en bonne santé en urgence vitale. La couleur des excréments n’est jamais un détail anodin, elle raconte ce qui se passe à l’intérieur de l’organisme, et dans ce cas précis, elle racontait une catastrophe déjà en cours.
À retenir
- Deux menaces invisibles rôdent dans les mares en juillet : laquelle agit en quelques minutes ?
- Les selles noires ne sont jamais un simple trouble digestif : ce qu’elles révèlent vraiment
- Un détail négligé pourrait sauver votre chien : le connaissez-vous ?
Ce que cache une mare qui semble inoffensive
L’eau stagnante n’a rien d’un simple point d’eau où se désaltérer après une marche au soleil. En juillet, deux menaces distinctes rôdent dans ces flaques tranquilles et ces mares oubliées au bout des chemins. La première, ce sont les cyanobactéries, ces micro-organismes qu’on appelle aussi algues bleues. C’est la raison pour laquelle on en trouve souvent dans les eaux stagnantes ou avec un faible courant, et avec les fortes chaleurs bon nombre d’entre elles produisent des substances chimiques toxiques. Le problème, c’est qu’elles restent parfois invisibles à l’œil nu : pas toujours, certaines sont visibles sous forme de dépôts ou de mousse, d’autres sont invisibles.
La seconde menace porte un nom moins connu du grand public mais tout aussi redouté des vétérinaires : la leptospirose. La leptospirose est une maladie assez courante et grave, due à une bactérie appelée Leptospira interrogans, qui se trouve principalement dans les eaux stagnantes et dans le sol. Les rongeurs en sont les principaux vecteurs, sans jamais tomber malades eux-mêmes. Ce sont des petits rongeurs ou mammifères, notamment les rats, mais aussi les ragondins ou les hérissons, qui sont porteurs de la bactérie sans pour autant être malades, et ils la libèrent dans leurs urines, contaminant au passage le sol ou l’eau. une mare paisible peut abriter, sous sa surface tranquille, des semaines voire des mois de contamination silencieuse.
Pourquoi la couleur des selles a sonné l’alarme trop tard
Un chien qui boit dans une mare contaminée ne montre pas forcément de symptôme immédiat. C’est justement ce qui rend la situation piégeuse. Pour la leptospirose, l’incubation prend du temps : les signes cliniques apparaissent souvent entre 2 et 14 jours après l’infection, mais cela peut être plus ou moins rapide selon l’animal. Le propriétaire a donc le temps d’oublier la balade, de se dire que tout va bien, avant que les premiers signes n’apparaissent brutalement.
Et quand ils apparaissent, ils peuvent être terriblement trompeurs. Les selles noires ne sont pas un simple trouble digestif passager, elles signalent une hémorragie interne grave. Cette forme de leptospirose se manifeste par des vomissements accompagnés de sang et des selles noires, car contenant également du sang. Dans les cas les plus sévères, la maladie s’accompagne d’une atteinte hépatique et rénale simultanée : on remarque aussi une fatigue, de la fièvre, une diarrhée sanguinolente, des troubles de la coagulation sanguine et une insuffisance rénale. Le foie et les reins lâchent en même temps, et le pronostic se dégrade à mesure que les heures passent.
Les cyanobactéries, elles, agissent différemment mais tout aussi vite. Les signes d’intoxication aux cyanobactéries sont, entre autres, des troubles nerveux comme des tremblements, une perte d’équilibre, des émissions de bave, une léthargie, des nausées et vomissements, des selles très noires, un ictère dû à l’atteinte du foie ou bien des muqueuses et des gencives jaunes. Là, pas deux semaines d’incubation, tout peut basculer en un temps record. En cas d’ingestion, en libérant leurs toxines, les cyanobactéries peuvent causer une sévère intoxication à votre chien qui peut lui être fatale en quelques minutes. Le drame, c’est qu’il n’existe aucun antidote miracle contre ces deux menaces. En cas de baignade ou si votre chien a bu dans une eau stagnante, avec ou sans algues visibles, il faut consulter un vétérinaire sans attendre. Il n’existe pas vraiment de traitement ou d’antidote, mais le vétérinaire mettra en place une prise en charge des symptômes, souvent en urgence, souvent trop tard si le délai a été trop long.
Ce qu’on peut vraiment changer avant la prochaine balade
La vaccination reste l’outil le plus concret contre la leptospirose. Le vaccin réduit fortement le risque de maladie grave et d’excrétion urinaire pour les souches incluses dans la formule, mais il n’assure pas une protection totale contre tous les sérovars. Ce n’est pas une garantie absolue, mais ça change radicalement les probabilités. Pour les cyanobactéries, aucun vaccin n’existe : seule la vigilance sur le terrain compte. Tenir son chien en laisse à proximité d’une mare, l’empêcher de laper l’eau stagnante, préférer les cours d’eau qui coulent aux étendues immobiles, voilà les seuls réflexes qui fonctionnent vraiment. Il est possible de promener son chien au bord d’un étang, mais en le tenant en laisse, en l’empêchant de boire ou de se baigner si la qualité de l’eau est douteuse.
Un détail mérite d’être connu, et il est rarement mentionné : en cas d’incident, apporter un échantillon de l’eau suspecte peut faire gagner un temps précieux au vétérinaire. Si cela vous est possible, apportez un échantillon dans un récipient de l’eau dans laquelle votre chien s’est baigné ou a bu. Ce simple geste, souvent négligé dans la panique, permet parfois d’orienter le diagnostic bien plus vite qu’une batterie d’analyses sanguines classiques.
Sources : lepointveterinaire.fr | veterinairevigy.fr
