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J’ai laissé mon chien renifler la file de chenilles qui traversait l’allée en mars : quand le vétérinaire lui a soulevé la langue, il était trop tard

J'ai laissé mon chien renifler la file de chenilles qui traversait l'allée en mars : quand le vétérinaire lui a soulevé la...

Une truffe curieuse, quelques secondes d’hésitation, et c’est parfois trop tard. En mars, période où les chenilles processionnaires du pin quittent leur nid pour rejoindre le sol, un simple coup de langue sur cette file d’insectes orangés peut déclencher une réaction en chaîne aux voies vétérinaires. Dans les 24 à 48 heures suivant le contact, une partie de la langue peut se mettre à nécroser voire à tomber. Le temps de comprendre ce qui se passe, les lésions sont déjà installées.

Les chenilles processionnaires du pin passent l’hiver au chaud dans leurs nids, puis aux premières chaleurs du printemps, dès la fin février, elles quittent leur arbre et rejoignent le sol pour achever leur cycle larvaire. Cette migration prend la forme d’une longue file, ces longues files pouvant atteindre 2 mètres attirent l’attention de n’importe quel chien un peu joueur. Et c’est précisément là que le piège se referme : un chien ne sait pas ce qu’est une chenille, il sait juste que ça bouge, que ça sent, et que ça mérite un coup de langue.

À retenir

  • Un contact buccal avec une chenille processionnaire déclenche une nécrose en 24-48h
  • La langue peut tripler de volume et obstruer les voies respiratoires
  • 41% des chiens touchés perdraient une partie de leur langue de façon permanente

Pourquoi la langue devient la première victime

Le corps de ces larves est loin d’être inoffensif. Il est hérissé de poils urticants orangés, si fragiles qu’ils se brisent au moindre effleurement, chaque rupture libérant une substance redoutable : la thaumetopoéine. Un nom barbare pour un poison qui agit vite, très vite. Dans plus de 70 % des cas, le chien entre en contact avec la chenille avec sa langue, et le venin des poils urticants provoque instantanément une forte inflammation de la muqueuse linguale.

L’évolution est brutale. En deux heures, la langue peut tripler de volume. Le tissu, gorgé de sang et enflammé, change de couleur : rouge puis noire dans les 24 à 48 heures, avec un risque réel de nécrose, la partie de la langue nécrosée pouvant tomber. C’est exactement le moment décrit dans le récit qui donne son titre à cet article : quand le vétérinaire soulève la langue de l’animal, le tissu mort est déjà là, condamné. Les tissus nécrosés ne peuvent pas être sauvés, ils sont condamnés à perdre toute couleur et à tomber.

Le danger ne s’arrête pas à un simple problème esthétique. Le gonflement de la langue peut provoquer une obstruction des voies respiratoires, et causer un étouffement et le décès du chien. D’autres animaux, plus sensibles, basculent dans une réaction encore plus violente : les évolutions mortelles sont le plus souvent dues à un étouffement suite à un œdème aigu de la langue ou à un choc anaphylactique. Une simple promenade de printemps peut donc virer au cauchemar en l’espace d’une matinée.

Les premiers gestes, avant même d’arriver chez le vétérinaire

Le réflexe le plus important reste le plus simple : agir sans attendre. Il est essentiel de consulter un vétérinaire immédiatement après un contact avec les chenilles processionnaires, chaque minute compte. En attendant la consultation, un rinçage abondant peut limiter la casse. La destruction de la langue peut être interrompue par le rinçage des muqueuses. Pas de bicarbonate maison sur les muqueuses buccales, pas de frottement énergique : il ne faut pas frotter la gueule, mais rincer à grande eau, sans frotter, pendant cinq à dix minutes si possible.

Certains vétérinaires évoquent une astuce accessible à tous : en cas de contact buccal, faire lécher au chien un pot de glace à la vanille pour diminuer l’œdème avant de l’amener immédiatement chez le vétérinaire. Une fois sur place, la prise en charge dépend de la gravité des lésions. Le vétérinaire pourra réaliser des injections d’anti-inflammatoire, d’anti-douleur, d’antibiotique pour éviter l’infection, voire garder l’animal hospitalisé sous perfusion et mesures de réanimation dans les cas les plus graves. Quand la nécrose est trop étendue, l’issue chirurgicale devient la seule option : lors de nécrose trop importante, une glossectomie, c’est-à-dire une résection partielle de la langue, peut être pratiquée. Une étude relayée récemment évoque d’ailleurs un chiffre glaçant : près de 41 % des chiens touchés perdraient une partie de leur langue, selon les données rapportées par certains titres spécialisés dans le suivi de ces intoxications.

Une menace qui remonte vers le nord chaque année

Ce qui rendait autrefois ce danger circonscrit au pourtour méditerranéen concerne désormais une bande de territoire bien plus large. En 40 ans, la processionnaire du pin a progressé vers le nord : présente au sud d’une ligne Quimper-Orléans-Annecy dans les années 1979, elle se trouve maintenant en région parisienne et dans l’Aube. Le réchauffement climatique accélère ce mouvement, avec une progression estimée à environ cinq kilomètres par an selon certaines sources spécialisées. Un jardin jusque-là épargné peut, en quelques saisons, se retrouver en première ligne.

La fenêtre de vigilance, elle aussi, s’élargit. Le pic de risque se situe en mars pour les processionnaires du pin, de janvier à mai, et en juin pour les processionnaires du chêne, actives d’avril à août. Concrètement, cela signifie qu’aucune saison de l’année, du cœur de l’hiver au début de l’été, n’est totalement sans risque selon la région et l’essence d’arbre concernée. Repérer un nid soyeux accroché aux branches d’un pin ou d’un chêne, garder son chien en laisse à proximité d’une forêt de résineux entre février et juin, et connaître par cœur le numéro d’une clinique vétérinaire de garde : ce sont, avec le rappel bien dressé, les seuls véritables remparts contre un accident qui se joue en quelques minutes à peine.

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Rédigé par Vincent