La truffe de son chien, autrefois d’un noir luisant, affichait des plaques rosées et des poils clairsemés en forme de cercles. Ce genre de lésion porte un nom précis : la teigne. Et son origine la plus probable ? La terre fraîchement remuée dans laquelle l’animal s’était vautré, trois semaines plus tôt, pour échapper à la canicule.
À retenir
- Pourquoi les chiens creusent des trous et ce comportement révèle sur votre gestion de la chaleur
- Un champignon microscopique du sol qui provoque des lésions circulaires et s’étend rapidement
- Le risque majeur que peu de propriétaires connaissent vraiment
Pourquoi un chien creuse pour trouver la fraîcheur
Rien d’anormal, au départ, dans ce comportement. Certaines races, comme les chiens nordiques (Huskies, Malamutes), creusent des trous pour s’y allonger, et n’importe quel chien peut en faire autant lors d’une journée d’été très chaude. Le réflexe s’explique par la physique la plus élémentaire : la terre située à quelques centimètres sous la surface reste fraîche et humide, même quand l’air dépasse les 30 °C. votre pelouse fonctionne un peu comme un matelas climatisé naturel, sans thermostat ni facture d’électricité.
Ce n’est d’ailleurs pas un caprice occasionnel. Creuser pour se rafraîchir est un signe à ne pas ignorer : si un chien le fait souvent, c’est que la chaleur le met en difficulté et qu’il manque d’un endroit ombragé et frais. Les vétérinaires comportementalistes le confirment : si un chien creuse des trous parce qu’il a chaud, la meilleure façon de l’en empêcher est de le garder au frais, et un simple coin ombragé avec de l’herbe peut suffire à certains chiens. Laisser son chien s’offrir ce petit spa improvisé n’a donc rien de dramatique en soi. Le problème, ce n’est pas le trou. C’est ce qui vit dedans.
La terre n’est pas un désinfectant : le cas de la teigne
Voilà où le bât blesse, littéralement, sur le museau. Un champignon microscopique porte un nom qui sonne presque comme une blague de jardinier : le Microsporum gypseum. Cette espèce présente la particularité de vivre dans le sol, c’est pourquoi elle est généralement observée chez les chiens qui ont un jardin ou l’habitude de creuser dans la terre. Autant dire qu’un trou frais et humide, exactement le genre d’endroit qu’un chien choisit pour se rafraîchir, constitue un terrain de jeu idéal pour ce parasite.
Le délai d’apparition des symptômes colle parfaitement avec l’expérience de nombreux propriétaires : les signes ne sont jamais immédiats. Quand la teigne se déclare, la zone la plus souvent touchée n’est pas anodine. L’un des premiers symptômes visibles est une perte de poils en plaques, souvent circulaires, qui apparaît généralement autour de la tête, des oreilles, du museau et parfois sur le ventre ou les coussinets. Le museau, justement, celui que le chien a enfoncé dans la terre remuée pour sentir, fouiller, et finalement s’y coucher. Les lésions évoluent ensuite : si l’infection progresse, la mycose peut s’étendre à l’ensemble du corps de l’animal et former des lésions croûteuses.
Le mécanisme de contamination est limpide. Un chien peut attraper la teigne si des spores du champignon étaient présentes sur un tapis, mais il arrive également qu’il la contracte après avoir été en contact avec de la terre en creusant par exemple. Pas besoin d’un autre animal malade à proximité : le sol suffit. Et certains chiens sont plus exposés que d’autres à cause de leur mode de vie. Les chiens de chasse, et en particulier les chiens fouisseurs, sont plus sujets que d’autres aux infections par Trichophyton mentagrophytes, un cousin fongique du même acabit.
Un détail qui change tout : cette mycose se transmet à l’humain
C’est là que l’histoire dépasse le simple souci esthétique canin. Le chien comme le chat peuvent aussi contaminer l’homme, et la teigne est très contagieuse. Caresser ce museau abîmé, laisser l’animal dormir sur le canapé, partager un tapis : autant d’occasions de transporter les spores du jardin jusqu’au salon. D’où l’insistance des vétérinaires sur la rapidité de la prise en charge : à cause du risque de passage à l’homme et de la grande capacité de dissémination des spores, il faut consulter son vétérinaire au plus vite.
Bonne nouvelle tout de même : cette infection, bien que tenace, se soigne. Bien que tenace, cette maladie peut être traitée efficacement, généralement grâce à un traitement antifongique local ou par voie orale, prescrit après confirmation par un examen vétérinaire (lampe de Wood, prélèvement de poils, culture fongique). Le champignon n’est pas une fatalité, juste un rappel que la terre, même la plus anodine, grouille d’organismes invisibles.
Ce que la terre remuée peut cacher d’autre
La teigne n’est pas l’unique invité surprise d’un trou de jardin. D’autres risques, plus rares mais réels, guettent le chien fouisseur. Les sols traités chimiquement, par exemple, constituent un danger sérieux : certains insecticides comme le disulfoton peuvent être mélangés aux engrais pour rosiers, et il ne faut qu’une cuillère à café de ce produit à 1 % pour tuer un chien de 25 kilos. Dans les régions concernées, il existe aussi des mycoses profondes bien plus graves, comme la blastomycose, un champignon qui vit dans la matière organique en décomposition, près des berges, forêts et zones marécageuses, et dont les spores microscopiques se libèrent quand la terre est remuée par le vent, l’eau, les travaux ou les chiens fouisseurs. Cette dernière reste heureusement peu répandue en France.
Un bon compromis existe pour éviter ces désagréments sans priver son chien de sa clim naturelle : lui réserver une zone dédiée, du sable propre plutôt que de la terre de jardin non contrôlée, et surtout un coin d’ombre accessible en permanence. Le vrai déclencheur du comportement, rappelons-le, c’est la chaleur mal gérée, pas un besoin compulsif de fouir. Un chien qui a de l’ombre, de l’eau fraîche et un accès à l’intérieur climatisé aux heures les plus chaudes creusera nettement moins, et laissera son museau, comme sa truffe, en bien meilleur état.
Source : animalaxy.fr