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C’est fini pour les poules en cage : la Commission européenne dévoile enfin sa stratégie que les éleveurs attendaient depuis des années

C'est fini pour les poules en cage : la Commission européenne dévoile enfin sa stratégie que les éleveurs attendaient depu...

Trois mots que les défenseurs des animaux attendaient depuis cinq ans : suppression progressive des cages. Le 7 juillet 2026, la Commission européenne a présenté à Strasbourg sa toute première stratégie pour l’élevage, un texte qui engage enfin Bruxelles sur un calendrier précis pour sortir les poules pondeuses de leurs cages, avant de s’attaquer au sort des porcs.

Le document établit que la révision de la réglementation relative à la protection des poules pondeuses et des poulets de chair doit être présentée d’ici fin 2026, tandis que le paquet législatif dédié à la protection des porcs est prévu pour le deuxième trimestre 2027. Un calendrier qui, sur le papier, ressemble enfin à un engagement tenable. La Commission européenne a adopté et officiellement présenté sa Stratégie pour l’élevage, la première du genre, simultanément avec un plan d’action européen sur les protéines, réaffirmant son engagement à assurer un suivi de l’Initiative Citoyenne Européenne « End the Cage Age ».

À retenir

  • Après cinq ans de promesses, Bruxelles fixe enfin des dates précises : révision législative sur les poules fin 2026, porcs au trimestre 2 de 2027
  • La stratégie prévoit des indicateurs concrets de bien-être animal et la fin du broyage des poussins mâles, mais reste muette sur d’autres espèces
  • Les « clauses miroirs » pour aligner les importations sur les normes européennes pourraient apaiser les craintes des producteurs, mais le coût de la transition reste flou

Ce que Bruxelles met concrètement sur la table

La révision annoncée ne se limite pas à un principe général. D’ici fin 2026, la Commission prévoit une proposition de révision ciblée de la législation sur le bien-être des poules pondeuses et des poulets de chair, incluant des indicateurs pratiques de bien-être dans les exploitations, la suppression progressive des cages, ainsi que la fin de l’élimination systématique des poussins mâles d’un jour en filière pondeuse, en s’appuyant sur le sexage in ovo. Une pratique qui consiste, faut-il le rappeler, à broyer vivants les poussins mâles jugés inutiles à la production d’œufs. Une étude sera aussi menée pour faire évoluer le marquage des œufs afin de valoriser les productions sans élimination des poussins.

Le volet porcin suivra un an plus tard. Au deuxième trimestre 2027, une proposition législative distincte portera sur le bien-être des porcs, comprenant notamment la transition des cages vers des systèmes en cases pour les truies. les truies gestantes, aujourd’hui encore souvent immobilisées dans des cages métalliques pendant une bonne partie de leur vie reproductive, devraient bénéficier d’espaces où elles peuvent au moins se retourner.

Le texte innove aussi sur un point qui fâchait depuis des années les producteurs européens : la concurrence des produits importés. Le commissaire Hansen a indiqué que cette révision offre l’opportunité d’introduire des exigences équivalentes en matière de bien-être animal pour les produits importés, conformément aux obligations de l’OMC. La stratégie reconnaît la nécessité d’instaurer des exigences réciproques, des « clauses miroirs », pour éviter que les producteurs européens ne soient désavantagés. Un argument qui pourrait désamorcer une bonne partie des critiques agricoles, si les modalités tiennent leurs promesses.

Une promesse maintes fois repoussée, presque enterrée

Il faut se souvenir d’où l’on part. Le 30 juin 2021, la Commission avait décidé de répondre positivement à l’initiative citoyenne européenne « End the Cage Age », soutenue par plus d’un million de citoyens à travers l’Union. Portée par plus de 170 ONG, l’initiative avait recueilli 1,4 million de signatures en un an. La promesse initiale était claire : une proposition législative avant fin 2023. Elle n’est jamais venue.

Pire, quelques semaines à peine avant l’annonce du 7 juillet, le dossier semblait purement et simplement enterré. Trois ans plus tard, la mesure avait disparu des priorités affichées, absente du programme de travail 2026 de la Commission, sans qu’aucun calendrier de remplacement n’ait été fixé. Le comité citoyen à l’origine de l’initiative avait alors haussé le ton. Promise pour 2027 après une pétition d’1,4 million de signatures, l’interdiction des cages en élevage avait disparu du programme 2026 de la Commission, poussant le comité End the Cage Age à saisir la Cour de justice de l’Union.

Cette procédure judiciaire, déposée début juillet, a sans doute pesé dans la balance. Quelques jours plus tard, le revirement était acté publiquement, avec cette fois des dates gravées noir sur blanc. Reste que la méfiance persiste chez les associations, échaudées par cinq années de reports. La Fondation Bardot reprochait encore récemment à l’Union européenne « cinq ans de promesses non tenues » depuis l’initiative citoyenne de 2021.

Des ONG satisfaites mais loin d’être rassurées

Du côté des organisations de protection animale, l’accueil est chaleureux, sans être triomphal. CIWF France se réjouit de ces annonces qui « constitueront une victoire majeure pour les animaux, qui pourrait permettre de libérer plus de 160 millions d’animaux de leurs cages ». Un chiffre qui donne le vertige : c’est à peu près la population cumulée de la France et de l’Espagne, mais en poules et en porcs.

Mais l’inquiétude porte sur les grands absents du texte. La stratégie reste totalement silencieuse sur la fin des cages pour les veaux, lapins, oies, canards et cailles, alors que la Commission s’était engagée sur ces espèces en réponse à l’initiative citoyenne. Eurogroup for Animals tient un discours similaire. Sa directrice générale Reineke Hameleers a salué le premier plan concret de la Commission, tout en réclamant des mesures plus fermes pour les autres animaux en cage, notamment les poulets de chair. Chez Animal Equality, on parle d’un « signal positif », tout en exigeant des « délais clairs » et « aucune exemption injustifiée », selon les mots de son vice-président pour l’Europe. Même l’Institut européen pour le droit et la politique animale tempère l’enthousiasme : la stratégie « ne crée aucune obligation légale » par elle-même, et la sortie des cages n’est pas encore assortie d’une date d’entrée en vigueur définitive.

Les éleveurs entre soulagement et vigilance

Côté production, le ton est nettement plus prudent. Les organisations agricoles redoutent surtout le coût de la transition et la concurrence de pays tiers moins exigeants. Une consultation publique menée fin 2025 avait déjà révélé ces tensions : les farmers et l’industrie demandaient de la prudence, réclamant des preuves scientifiques et des études d’impact spécifiques pour chaque mesure, le point central restant la viabilité économique face à la concurrence non européenne. Certains éleveurs allemands vont plus loin, estimant que de nouvelles règles pourraient nuire à la santé animale, citant l’exemple du confinement qui limite l’exposition aux pathogènes et protège le système immunitaire des jeunes animaux.

La Commission promet un accompagnement financier pour amortir le choc, sans encore préciser les montants. Le secteur pèse lourd : l’élevage représente 40 % de la valeur ajoutée agricole européenne, environ 400 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, 7 millions d’emplois et 4 millions de fermes. Difficile, dans ces conditions, d’imposer une transition brutale sans accompagnement dédié.

La France, déjà en avance sur ses voisins

Sur ce dossier, l’Hexagone n’a pas attendu Bruxelles. La filière française affichait déjà 73 % d’élevages en systèmes alternatifs à la cage en 2023, avec l’objectif d’atteindre 90 % des poules pondeuses dans ces systèmes d’ici 2030. Avec environ 27 % des poules encore élevées en système cage, la France est en avance sur ses partenaires européens et en bonne voie vers la fin des cages à terme. Un contraste frappant avec certains marchés voisins où les cages enrichies restent la norme.

Reste une question que personne, à Bruxelles, ne semble encore vouloir trancher : que se passera-t-il pour les lapins, les cailles ou les canards, ces espèces citées dans la pétition de 2021 mais absentes du texte de juillet 2026 ? Le calendrier fixé pour les poules et les porcs donne un cap. Pour les autres, la promesse de 2021 reste, elle, suspendue.

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Rédigé par Vincent