Un chat qui a léché quelques gouttes d’antigel peut être en insuffisance rénale irréversible en moins de 72 heures. La dose毒 est minuscule : environ une cuillère à café suffit à tuer un chat adulte de 4 kilos.
Le coupable s’appelle l’éthylène glycol, le principal composant de la plupart des liquides de refroidissement et de certains dégivrants. Son goût sucré attire les animaux, et il est absorbé très vite par l’estomac.
Chaque minute compte.
- Quelques gouttes d’antigel peuvent provoquer une insuffisance rénale en moins de 72 heures chez le chat.
- Les premiers signes ressemblent à une ébriété : démarche titubante, vomissements, soif intense.
- Chez le chat, l’antidote doit être administré dans les 3 heures suivant l’ingestion.
Les premières heures : un chat qui semble ivre
Entre 30 minutes et 6 heures après l’ingestion, l’éthylène glycol agit sur le système nerveux comme de l’alcool. Le chat marche en titubant, manque de coordination, tremble parfois de la tête. Il peut sembler somnolent, prostré, ou au contraire anormalement agité.
S’ajoutent des vomissements, une soif intense et des urines abondantes. L’animal se cache, refuse de manger, parfois miaule sans raison apparente. Certains chats bavent ou ont les pupilles dilatées.
Ces signes ressemblent à ceux d’une simple intoxication alimentaire, ou à une crise de nerfs passagère. C’est précisément ce qui piège les propriétaires.
Le piège se referme ensuite.
Entre 12 et 24 heures : la fausse accalmie
Après la phase d’ébriété, l’état du chat paraît s’améliorer. Il mange un peu, se déplace normalement, les vomissements cessent. Beaucoup de propriétaires respirent, et renoncent à appeler le vétérinaire.
Or, pendant ce répit apparent, le foie transforme l’éthylène glycol en métabolites toxiques, dont l’acide oxalique. Ces composés s’accumulent dans le sang, provoquent une acidose sévère et forment des cristaux d’oxalate de calcium qui s’incrustent dans les reins. Les dégâts se construisent en silence, sans aucun symptôme visible.
Le chat n’est pas guéri. Il est déjà condamné si rien n’est fait.
De 24 à 72 heures : l’insuffisance rénale aiguë
Chez le chat, la phase rénale s’installe en général entre 12 et 24 heures, plus tôt que chez le chien (36 à 72 heures). Les reins cessent de filtrer, l’animal urine peu ou plus du tout. Il vomit de nouveau, devient léthargique, perd l’appétit, présente une haleine ammoniaquée et des ulcères dans la bouche.
Surviennent ensuite des convulsions, un coma, puis la mort, souvent dans les 3 jours suivant l’ingestion si aucun traitement n’est mis en place. Une fois les reins détruits, les soins ne peuvent plus rien réparer.
La fenêtre de traitement est très étroite : chez le chat, l’antidote doit être administré dans les 3 heures qui suivent l’ingestion pour que le pronostic reste favorable.
Que faire, et pourquoi il ne faut pas attendre les symptômes
Au moindre doute (flaque sous une voiture, bidon renversé, chat revenu avec une patte ou une moustache mouillée), direction la clinique vétérinaire. N’attendez pas les premiers signes, et ne tentez pas de faire vomir l’animal à la maison : cela retarde la prise en charge et peut aggraver la situation.
Le vétérinaire dispose de deux antidotes : le fomépizole, très efficace mais coûteux et peu utilisé en pratique féline, et l’éthanol administré par perfusion. Les deux empêchent le foie de transformer l’éthylène glycol en métabolites toxiques. Ils doivent être donnés tôt, avant que les reins ne soient touchés, et sont complétés par une perfusion pour soutenir la fonction rénale.
En France, le Centre antipoison vétérinaire peut guider un propriétaire par téléphone en attendant la consultation, mais il ne remplace jamais un examen en urgence. Prenez avec vous le flacon ou une photo de l’étiquette : la composition exacte du produit aide à adapter les soins.
Des tests sanguins mesurent l’osmolalité et l’acidité du sang, tandis qu’un examen des urines recherche les cristaux d’oxalate. Certains vétérinaires utilisent aussi un test rapide de dépistage, mais il n’est fiable que dans les premières heures.
Prévenir : là où l’antigel traîne vraiment
Les accidents se produisent surtout à l’automne et en hiver, quand les propriétaires vidangent le circuit de refroidissement ou remplissent le lave-glace. Un bidon mal fermé, une goutte sous le moteur, un seau de vidange laissé à portée dans un garage : les chats explorent tous ces endroits, et le goût sucré fait le reste.
Quelques gestes réduisent fortement le risque. Rangez les contenants en hauteur et bien fermés, essuyez immédiatement toute fuite avec de la sable ou de la sciure avant de nettoyer, et jetez les liquides usagés en déchetterie plutôt que dans un caniveau. Certains produits contiennent du propylène glycol, nettement moins toxique que l’éthylène glycol : ils sont préférables si vous avez des animaux.
Pensez aussi aux voisins. Un chat sortant peut s’abreuver à une flaque deux rues plus loin, et rien ne le laissera paraître avant le lendemain.
Une seule consigne tient en une ligne : dès qu’un contact avec l’antigel est suspecté, le trajet vers la clinique commence avant les symptômes, pas après.

