Un Bouvier Bernois de 45 kilos, un puits abandonné de 5 mètres et une intervention des pompiers qui s’est terminée par un immense soulagement. Piégé plusieurs mètres sous terre, Andy a finalement retrouvé l’air libre après l’intervention rapide et minutieuse des secours. Une scène qui aurait pu virer au drame, tant la chute dans ce genre de cavité oubliée peut s’avérer fatale pour un animal de cette corpulence.
Tout commence comme des milliers de promenades ordinaires. Le chien s’éloigne, flaire une odeur, s’engage dans un sous-bois ou une friche. Puis, plus rien. Pas d’aboiement, pas de trace visible. Pour son propriétaire, ces minutes d’incertitude sont probablement les plus longues. Car un Bouvier Bernois, aussi imposant soit-il, peut disparaître en quelques secondes derrière un talus ou un fourré, et c’est souvent le silence qui inquiète le plus : un chien qui ne répond plus à l’appel, dans une zone rurale truffée d’anciens ouvrages agricoles, c’est le signal qu’il faut élargir les recherches au sol, littéralement.
À retenir
- Un chien de race massive disparaît sans laisser de trace pendant une balade ordinaire
- Les puits abandonnés représentent un danger invisible et meurtrier pour les animaux domestiques
- L’intervention des sapeurs-pompiers révèle les défis techniques d’extraire un colosse d’une cavité souterraine
Un puits invisible, un chien introuvable
Les puits abandonnés constituent un danger sournois parce qu’ils ne se voient pas toujours. Recouverts de végétation, effondrés en surface ou simplement dissimulés par des années d’abandon, ils transforment une promenade tranquille en piège mortel. Le cas d’Andy n’a rien d’isolé : quelques mois plus tôt, dans l’Aude, un autre animal avait connu une mésaventure similaire. Les sapeurs-pompiers de l’Aude ont été appelés en urgence sur la commune de Sigean, un chien ayant été repéré au fond d’un puits d’environ cinq mètres de profondeur, incapable d’en sortir par ses propres moyens. Dans ce dossier-là aussi, les secours ont installé un dispositif adapté pour atteindre l’animal, exténué mais toujours vivant, et l’intervention a duré près de 50 minutes.
Cinq mètres, cela paraît peu sur le papier. En réalité, c’est la hauteur d’un immeuble de deux étages. Suffisant pour briser des pattes, provoquer un traumatisme crânien ou simplement épuiser l’animal jusqu’à l’hypothermie s’il y a de l’eau au fond.
Car l’eau change tout. Dans un autre sauvetage survenu dans l’Oise, le puits en question dépassait les quinze mètres et était partiellement rempli. Les chances de survie après une chute dans un puits profond, en partie rempli d’eau qui plus est, sont loin d’être élevées, mais un chien ayant récemment vécu cette terrible épreuve a pu s’en sortir vivant, sans la moindre lésion. Andy, lui, a eu la chance de tomber dans une cavité sèche, ce qui a nettement facilité l’opération de récupération. Mais la marge d’erreur reste toujours étroite : un membre coincé entre deux pierres, une paroi qui s’effrite, et l’issue peut basculer en quelques minutes.
Comment les pompiers procèdent face à ce type de piège
Extraire un chien de 45 kilos d’un trou étroit n’a rien d’une opération banale. Les équipes spécialisées interviennent généralement selon un protocole bien rodé : sécuriser d’abord les abords du puits pour éviter tout suraccident, puis descendre un sauveteur harnaché qui va évaluer l’état de l’animal avant de le hisser. Dans un sauvetage comparable mené par le SDIS de l’Oise, l’un des sapeurs-pompiers a pu descendre en toute sécurité dans le puits, puis a harnaché le chien qui a été hissé jusqu’à l’entrée de la cavité. Une manœuvre délicate, surtout quand l’animal, terrifié, peut se débattre au moment où on le saisit.
Les pompiers rappellent d’ailleurs deux réflexes essentiels pour quiconque découvre un chien coincé dans ce genre de cavité. D’une part, ne rien jeter dans le puits, comme des cordes mal fixées, de la nourriture ou des objets, qui pourrait blesser l’animal ou gêner les secours. D’autre part, une fois l’animal remonté, même s’il semble en forme, une consultation vétérinaire est indispensable. Un chien peut paraître parfaitement valide juste après une chute et développer des complications internes dans les heures qui suivent : fracture non déplacée, hémorragie discrète, choc traumatique retardé. La visite chez le vétérinaire n’est donc jamais une formalité superflue.
Ce genre d’intervention, aussi spectaculaire soit-elle pour le public, reste un exercice technique classifié parmi les opérations en « milieu périlleux ». Un autre sauvetage, mené dans le Gard sur un puits de quinze à vingt mètres, a nécessité près de deux heures de travail et la mobilisation d’une équipe spécialisée du groupe de reconnaissance et d’intervention en milieux périlleux, avant que le chien retrouve ses propriétaires après une visite de contrôle chez le vétérinaire. La proportion de ces interventions animalières dans le quotidien des casernes reste d’ailleurs significative : ce même jour dans le Gard, les pompiers avaient déjà géré 95 interventions de secours entre 7h et 17h, preuve que le sauvetage d’un animal cohabite avec des dizaines d’autres urgences bien plus classiques.
Un colosse au grand cœur, mais vulnérable
Le Bouvier Bernois n’a pourtant rien d’un chien casse-cou. Sa réputation tient plutôt à sa placidité. Cette race, originaire des alpages autour de Berne, a longtemps servi de chien de trait et de garde avant de devenir l’un des compagnons de famille préférés des foyers français. Son gabarit impressionne : les mâles adultes oscillent généralement entre 45 et 50 kilos, certains sujets dépassant même les 55 kilos selon leur morphotype. Un poids qui, justement, complique toute opération de sauvetage en milieu confiné : hisser un animal de cette taille par une ouverture étroite demande davantage de matériel et de bras qu’un simple chien de 10 kilos tombé dans le même trou.
Cette carrure ne l’empêche pas d’être curieux et parfois un brin distrait en promenade, en particulier lorsqu’une odeur intéressante l’attire vers un sous-bois ou une friche. Contrairement à des races de chasse, il n’a pas d’instinct de fouille particulièrement développé, ce qui rend ce genre d’accident d’autant plus imprévisible : ce n’est généralement pas la poursuite d’un gibier qui l’entraîne vers le danger, mais une simple mauvaise surprise du terrain.
L’histoire d’Andy illustre un point que beaucoup de propriétaires de terrains ruraux oublient trop souvent : ces vieux puits, souvent hérités d’exploitations agricoles disparues depuis des décennies, ne sont pas systématiquement recensés ni sécurisés par des grilles ou des margelles solides. Combler ou couvrir durablement ces ouvertures reste la meilleure prévention, bien avant l’intervention héroïque des pompiers. Une vigilance qui vaut aussi bien pour les chiens que pour les enfants qui jouent parfois dans ces mêmes espaces à l’abandon.
Source : france3-regions.franceinfo.fr
