Deux. C’est le nombre minimum de cochons d’Inde qu’un foyer suisse doit posséder, sous peine de sanction. Pendant que la France continue d’installer un unique cobaye dans une cage au salon, la Confédération helvétique a inscrit dans son droit une règle limpide : la solitude de cet animal est une forme de maltraitance, punissable par la loi.

Le texte ne date pas d’hier. La loi suisse sur la protection des animaux (Tierschutzgesetz), accompagnée de l’Ordonnance sur la protection des animaux (Tierschutzverordnung), impose via son article 13 que les espèces sociales, dont les cochons d’Inde, ne soient pas détenues individuellement. acheter un seul cobaye dans une animalerie suisse relève, sur le papier, d’une infraction. En 2008, les législateurs suisses ont introduit une ordonnance de 182 pages sur la protection des animaux, où figurait, parmi les règles concernant aussi bien les aras que les souris, une norme claire pour les cochons d’Inde : quiconque en adopte doit en garder au moins deux pour qu’ils puissent interagir, se toiletter et créer des liens.

À retenir

  • En Suisse, il est illégal de posséder un seul cobaye : la loi en exige au minimum deux
  • Les cochons d’Inde sont des animaux sociaux dont la solitude provoque stress, dépression et même automutilation
  • La Suisse reconnaît depuis 1992 la souffrance psychologique des animaux comme motif légal d’intervention

Pourquoi la solitude tue (presque) un cochon d’Inde

Ce n’est pas une lubie de législateur suisse en manque d’inspiration. Les cochons d’Inde sont des animaux de troupeau qui vivent naturellement en groupes pouvant compter jusqu’à dix individus, communiquant par le langage corporel et des vocalisations. Privés de congénères, ils ne dépriment pas au sens figuré : l’enfermement solitaire peut entraîner un stress important, de l’anxiété, une détresse psychologique et même de l’automutilation ou une mort précoce chez ces animaux. Un chiffre à méditer la prochaine fois qu’on pense qu’un rongeur n’a besoin que d’une cage et de granulés.

Les vétérinaires suisses ne plaisantent pas avec le sujet. Les vétérinaires et experts du bien-être animal en Suisse expliquent que les cochons d’Inde s’ennuient, déprimeraient et deviennent stressés lorsqu’ils sont isolés. Le texte légal ne se contente d’ailleurs pas d’une simple recommandation. L’article 13 de l’Ordonnance sur la protection des animaux précise que les espèces aux liens sociaux forts doivent être maintenues en groupes, ou disposer au minimum d’un contact visuel, auditif et olfactif avec leurs semblables. Un cochon d’Inde solitaire, même couvert de câlins par son propriétaire, reste donc considéré comme un animal maltraité selon les standards helvétiques.

Que se passe-t-il quand l’un des deux meurt ?

Voilà le casse-tête que la loi n’avait pas totalement anticipé : les cobayes ne meurent presque jamais en même temps. Un veuvage forcé, et le survivant se retrouve dans l’illégalité. La solution trouvée par certains Suisses a de quoi surprendre : lorsqu’un propriétaire se retrouve avec un seul cochon d’Inde, par exemple à la suite du décès d’un compagnon, il peut faire appel à une agence de location d’un nouveau partenaire, ou reloger l’animal survivant dans un foyer qui possède déjà d’autres cobayes. Ces officines de « location de cochon d’Inde » existent bel et bien et permettent de maintenir un binôme en attendant une adoption définitive.

Le non-respect de la règle n’est pas qu’une affaire de principe. Le non-respect des lois suisses sur le bien-être animal concernant les animaux sociaux peut entraîner des sanctions légales, avec des amendes comme conséquence courante, et les autorités de protection animale ont le pouvoir d’intervenir en cas de négligence ou de violation de ces règles. Dans les cas les plus graves, une confiscation de l’animal reste possible. Il faut néanmoins nuancer l’image du gendarme suisse traquant les cobayes célibataires : dans les faits, les contrôles ciblent surtout les situations de négligence avérée, pas les nouveaux propriétaires de bonne foi.

Le cochon d’Inde, loin d’être seul concerné

Réduire cette législation aux seuls cobayes serait une erreur. La liste des animaux dits « sociaux » protégés par ce même article est plus large qu’on ne l’imagine. Elle englobe les cochons d’Inde, les souris, les gerbilles, les rats, les dègus, les chinchillas et les furets. Même logique côté volière : les poissons rouges doivent également être détenus par paires, tout comme les perruches, les inséparables, les cailles japonaises, les aras, les cacatoès, les perroquets, les canaris et les pinsons. Seule exception notable chez les rongeurs : les hamsters, à l’inverse, peuvent être détenus seuls, les « hamsters dorés » étant en réalité des solitaires qu’il vaut mieux garder seuls selon l’ordonnance suisse sur les denrées alimentaires et les produits vétérinaires. Une nuance qui rappelle qu’aucune règle universelle ne s’applique au règne animal : la sociabilité se juge espèce par espèce, pas cage par cage.

Autre détail révélateur de la philosophie suisse : les lapins ne peuvent être détenus seuls qu’après l’âge de huit semaines, les individus plus jeunes étant considérés comme des animaux sociaux. Même les vendeurs professionnels ne sont pas laissés de côté par le texte, puisque la loi prévoit également des formations pour les vendeurs professionnels de rongeurs. Une manière de responsabiliser toute la chaîne, du magasin jusqu’au salon familial.

Et chez nous, en France ?

Rien de comparable dans le droit français. En France, il n’existe pas de loi à proprement parler mais des règles de bon sens, et les cochons d’Inde s’adoptent généralement par paire par habitude plutôt que par obligation. Les associations de protection animale le recommandent fortement, les éleveurs sérieux refusent souvent de vendre un cobaye isolé, mais aucun texte n’oblige à respecter cette règle. Résultat : des milliers de cochons d’Inde grandissent seuls dans des cages françaises, sans que personne ne risque la moindre amende.

La différence tient moins à l’amour des animaux qu’à une conception juridique différente du vivant. Depuis 1992, la Constitution suisse reconnaît la dignité des animaux comme un principe à part entière, et non comme une simple option de bien-être. Ce détail change tout : là où la France légifère sur la souffrance physique (transport, abattage, expérimentation), la Suisse a choisi d’inscrire la souffrance psychologique au même niveau d’exigence. Un cobaye qui s’ennuie n’est plus une anecdote attendrissante, mais un motif d’intervention légale, avec amende à la clé.

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