Un cœur qui bat jusqu’à 1 200 fois par minute, des ailes qui exécutent environ 50 battements par seconde chez les espèces courantes, et un repas toutes les dix à quinze minutes. L’oiseau-mouche, ou colibri, vit à une cadence que aucun autre vertébré n’égale. Sa famille, les Trochilidés, compte plus de 360 espèces, toutes confinées au continent américain.
Pas un seul en France métropolitaine, donc. Ce que l’on aperçoit parfois en été au-dessus des buddleias, et qui fait croire à un colibri, est presque toujours un papillon de nuit, le moro-sphinx.
- Le cœur de l’oiseau-mouche peut battre jusqu’à 1 200 fois par minute.
- Il est le seul oiseau capable de voler vers l’arrière et de rester immobile en l’air.
- Le colibri à gorge rubis traverse le golfe du Mexique d’une seule traite, soit près de 800 kilomètres.
Un moteur conçu pour le vol stationnaire
Le colibri est le seul oiseau capable de voler vers l’arrière et de rester immobile en l’air de façon prolongée. Son secret tient à l’articulation de l’épaule, très mobile, qui permet à l’aile de pivoter presque à 180 degrés. Là où la plupart des oiseaux ne produisent de la portance que sur le battement descendant, le colibri en génère aussi sur le battement remontant, en dessinant dans l’air une sorte de huit couché.
Le plus petit de tous, le colibri d’Elena, vit à Cuba et pèse environ 2 grammes, soit moins qu’une pièce de 1 centime d’euro. Le géant de la famille, lui, atteint une vingtaine de grammes.
Ce métabolisme a un coût vertigineux. Rapporté à sa masse, un colibri brûle des calories à un rythme que l’on compare à celui d’un humain qui dévorerait l’équivalent de plusieurs centaines de hamburgers par jour. Sa température corporelle avoisine 40 °C en pleine activité.
Du nectar, mais aussi des insectes
L’image du colibri sirotant une fleur est exacte, mais incomplète. Il consomme du nectar, riche en sucres, pour l’énergie, et complète avec de petits insectes et des araignées, indispensables pour les protéines. Sa langue, bifide et frangée à son extrémité, se déploie en un clin d’œil et se replie pour piéger le liquide, à raison de quinze à vingt coups de langue par seconde.
Il visite plusieurs centaines de fleurs par jour. En échange, il assure la pollinisation de nombreuses plantes tropicales et montagnardes dont la corolle, souvent longue, rouge ou orangée, s’est adaptée à son bec.
Certaines espèces ont des becs spectaculaires. Le colibri porte-épée, des Andes, possède un bec plus long que son corps, queue exclue, ce qui l’oblige à se faire toiletter les plumes avec ses pattes plutôt qu’avec le bec.
Il ne vit pas que dans les forêts chaudes.
Survivre à la nuit, et traverser un golfe
Dormir pose problème à un animal dont le carburant s’épuise en quelques heures. La nuit, de nombreuses espèces entrent en torpeur : la température corporelle chute parfois de plus de 20 °C et le rythme cardiaque descend à quelques dizaines de pulsations par minute. Le réveil, lui, demande plusieurs dizaines de minutes de réchauffement.
Le colibri à gorge rubis, espèce de l’est de l’Amérique du Nord, pèse environ 3 grammes et migre chaque automne vers l’Amérique centrale. Beaucoup franchissent le golfe du Mexique d’une traite, soit près de 800 kilomètres au-dessus de l’eau, après avoir presque doublé leur poids en graisse.
À l’autre bout de l’échelle des altitudes, certaines espèces andines vivent à plus de 4 000 mètres. Elles supportent des nuits glaciales grâce à cette torpeur, et se montrent capables de chercher du nectar dans un air bien plus pauvre en oxygène.
Voir un colibri, et l’aider sans lui nuire
Les couleurs métalliques du colibri ne viennent pas de pigments mais de la structure microscopique de ses plumes, qui diffracte la lumière. Selon l’angle, une gorge flamboyante vire au noir terne en une fraction de seconde. C’est un trait de séduction, utilisé lors de parades où le mâle plonge en piqué à plus de 80 km/h devant la femelle.
En Amérique du Nord, beaucoup de particuliers installent des mangeoires. Le mélange recommandé associe une part de sucre blanc pour quatre parts d’eau, sans colorant, ni miel, ni sucre roux. Il faut renouveler la préparation tous les deux à trois jours par temps chaud, car la fermentation et les moisissures peuvent être mortelles.
Planter des fleurs tubulaires, comme les sauges ou les lobélies écarlates, reste la solution la plus durable. Dans les pays d’origine, la menace principale demeure la perte d’habitat : plusieurs espèces andines à aire de répartition minuscule figurent sur la liste rouge de l’UICN. Et tous les colibris sont inscrits à l’annexe II de la CITES, qui encadre leur commerce international.
En France, l’unique colibri que l’on peut espérer croiser vit en Guadeloupe et en Martinique, où le colibri huppé et le colibri falle-vert fréquentent les jardins toute l’année.

