Cinquante-quatre Bergers Australiens parqués dans la même exploitation, dans des conditions que même les gendarmes ont eu du mal à qualifier tant l’accumulation dépassait tout ce qu’un élevage professionnel autorise. Selon Woopets, les forces de l’ordre ont mis fin à un élevage clandestin où s’entassaient 54 Bergers Australiens maltraités en attendant d’être vendus. Une phrase qui résume, à elle seule, tout un système : produire vite, produire beaucoup, produire pour une race dont la cote ne cesse de grimper sur le marché du chiot en France.
À retenir
- Pourquoi les Bergers Australiens sont devenus la cible privilégiée des éleveurs clandestins
- Quelles conditions de détention reviennent systématiquement dans les affaires de maltraitance
- Comment les acheteurs peuvent éviter de financer involontairement ces réseaux criminels
Une race star devenue une cible pour les trafiquants
Le Berger Australien n’a rien d’un chien confidentiel. Il truste depuis plusieurs années la première place des naissances canines dans l’Hexagone. Selon les statistiques croisées de l’I-Cad et de la Centrale Canine, la star canine incontestée et indétrônable dans le cœur des Français est le berger australien : 17 609 naissances recensées en 2023 côté Centrale Canine et 33 477 nouvelles identifications côté identification. Un tel engouement fait mécaniquement des dégâts : plus la demande grimpe, plus certains éleveurs peu scrupuleux voient dans la race une opportunité de rendement facile, quitte à multiplier les portées sans respecter ni les normes sanitaires, ni le bien-être animal.
Ce type de dossier n’est malheureusement pas isolé. Quelques mois plus tôt, dans le Var, une opération bien plus vaste encore avait mobilisé gendarmerie, DDPP et SPA à Flassans-sur-Issole. Ont ainsi été découverts 237 chiens – essentiellement des border collie, 268 lapins, 267 pigeons, 5 chèvres, 2 cochons, 9 pintades, 12 poules et coqs, 19 perruches. Sur place, l’odeur, les excréments, la saleté, ces différentes infrastructures insalubres, exigües, encombrées, sans lumière naturelles, sans ventilation, avec ces animaux entassés les uns sur les autres avaient marqué les enquêteurs, selon les mots du chef d’escadron Raphaël Micillino rapportés par France 3 Régions. Même schéma, même logique commerciale : les animaux étaient destinés à être commercialisés en ligne via la plateforme Le Bon coin.
Des conditions de détention qui reviennent toujours
Box surchargés, absence d’aération, animaux qui ne voient jamais la lumière du jour. Ce sont les mêmes constats qui reviennent, dossier après dossier, dans les procès-verbaux des DDPP. En Dordogne, une habitante de Montcaret élevait ainsi depuis près de dix ans plusieurs dizaines de chiens dans sa maison de 90 m². Elle en a gardé la plupart, et s’est retrouvée avec des dizaines de chiens partout, ou presque, dans sa petite maison : sur la terrasse, dans le salon, le garage, la buanderie, reconnaissant elle-même que « je ne respecte pas la loi, ça, c’est certain. Il y a une loi, il faut s’y conformer ». La loi, justement, est claire sur ce point : la loi autorise les particuliers à détenir neuf chiens maximum chez eux, et toute activité de vente au-delà nécessite une déclaration officielle auprès des services de l’État.
Dans ce genre d’exploitation, les chiffres finissent souvent par révéler l’ampleur du système économique caché derrière les portées. Dans l’affaire varoise, l’enquête a par exemple mis au jour des flux financiers non déclarés, sur les comptes bancaires des mis en cause d’un montant de plus de 200.000 euros entre 2020 et 2026. Cinquante-quatre chiens d’une race qui se négocie, chez un éleveur professionnel reconnu, entre 1 000 € et 1 500 € pièce représentent, eux aussi, un pactole conséquent pour qui n’a ni scrupules ni charges vétérinaires à honorer.
Ce que risquent les propriétaires, et ce que deviennent les chiens
La justice française a durci le ton ces dernières années sur ces dossiers de maltraitance en série. Un précédent marquant, celui d’un élevage de l’Orne où 265 chiens avaient été saisis, avait débouché sur une condamnation sévère : le tribunal de grande instance d’Alençon a reconnu le propriétaire de l’élevage et sa compagne coupables de mauvais traitements… L’éleveur a en outre été condamné à 73 000 euros d’amende, assortie d’une interdiction définitive d’exercer une activité en lien avec les animaux. Un signal clair envoyé à la profession : la production de masse ne peut plus se cacher derrière l’étiquette rassurante d’un « élevage familial ».
Pour les chiens eux-mêmes, la sortie de ce type de structure marque souvent le début d’un long chemin de reconstruction. Entassés, sous-nourris ou privés de contact humain régulier, beaucoup développent des troubles du comportement qui nécessitent un accompagnement spécifique avant toute adoption. Dans l’affaire du Var, les intervenants soulignaient déjà que la surpopulation en cage générait des troubles du comportement de certains d’entre eux, des troubles sensoriels. Rien d’étonnant, donc, à ce que les refuges partenaires prévoient systématiquement un passage vétérinaire complet, une phase de sociabilisation, parfois plusieurs semaines avant que l’animal ne soit jugé apte à rejoindre une famille.
Comment repérer un élevage sérieux avant qu’il ne soit trop tard
Face à cette réalité, quelques réflexes simples permettent d’éviter de nourrir, sans le savoir, ce type de trafic. Un éleveur digne de ce nom accepte toujours une visite complète des lieux, montre les parents des chiots, et peut justifier d’un numéro de Siren ainsi que d’une déclaration d’activité en préfecture. Le doute doit s’installer dès qu’un vendeur propose une livraison à domicile, refuse tout rendez-vous sur place ou casse ses prix bien en dessous du marché.
Reste une question que ce genre d’affaire pose crûment : combien de ces 54 Bergers Australiens auraient fini, sans cette intervention, dans le salon d’une famille persuadée d’avoir affaire à un éleveur passionné ? La frontière entre un site vitrine soigné et une réalité de terrain sordide tient parfois à une seule visite que l’acheteur n’a pas exigée.
Source : france3-regions.franceinfo.fr
