Une balle qui roule sous un arbre, ronde et marron : voilà exactement ce qui ressemble à un jouet oublié dans le jardin. Mais ce n’est pas une balle. Ce sont des noix tombées à l’automne, parfois recouvertes d’une fine pellicule de moisissure grisâtre, et elles peuvent rendre un chien gravement malade en quelques heures. Derrière des vomissements qui semblent sortis de nulle part se cache souvent cette confusion très banale entre un jouet et un fruit toxique.

À retenir

  • Pourquoi les vomissements de votre chien pourraient provenir d’une source totalement inattendue sous vos yeux
  • Le champignon microscopique qui transforme une noix ordinaire en poison neurologique en quelques jours d’humidité
  • Comment distinguer une vraie balle d’un danger toxique avant qu’il soit trop tard

Le piège classique des noix tombées au sol

Chaque automne, les noyers du jardin déversent leur récolte sur la pelouse. Certaines noix restent intactes, d’autres commencent à pourrir sous l’effet de l’humidité, et c’est précisément là que le danger apparaît. Cette intoxication qui survient accidentellement est marquée par une très forte saisonnalité : plus de 80 % des cas sont rapportés entre janvier et mars chaque année, lorsque les noix tombées des noyers ont moisi à la faveur d’une humidité importante. Un pic qui coïncide avec les mois où les jardins restent détrempés et où les chiens, confinés davantage à l’extérieur, ont tout loisir de fouiner sous les arbres.

Le Centre National d’Informations Toxicologiques Vétérinaires (CNITV), basé à Marcy-l’Étoile, a documenté ce phénomène de façon précise. Le CNITV rapporte une série de 76 cas d’intoxication présumée de chiens par des noix moisies reçus entre janvier 2008 et mars 2015. Un chiffre qui paraît modeste, mais qui ne reflète que les cas signalés à ce centre spécialisé, une fraction probablement infime de la réalité de terrain. Le coupable n’est pas la noix elle-même, mais un champignon microscopique qui la colonise. L’intoxication de carnivores domestiques suite à l’ingestion de noix moisies est attribuée à des mycotoxines trémorigènes (le plus souvent penitrem A et/ou roquefortine produites par des moisissures du genre Penicillium). Des noms barbares pour des molécules qui s’attaquent directement au système nerveux de l’animal.

Des symptômes qui vont bien au-delà du vomissement

Le vomissement n’est souvent que la partie visible, et parfois la plus rassurante, du tableau clinique. Après ingestion, les signes cliniques d’empoisonnement chez le chien se développent dans les 12 heures qui suivent et comprennent classiquement des troubles neurologiques (tremblements voire convulsions) associés dans la moitié des cas à des troubles digestifs (salivation, vomissements, diarrhée). si le chien se met à trembler ou à convulser après avoir vomi, il ne s’agit plus d’un simple mal de ventre, mais d’une urgence neurologique.

Une étude publiée sur ce sujet précise la nature de ces troubles. Les signes cliniques incluent vomissements, convulsions, tremblements, ataxie et tachycardie, tous indicateurs d’intoxications affectant le système nerveux. Ce qui rend le diagnostic difficile pour un vétérinaire non averti, c’est justement ce mélange de symptômes digestifs et neurologiques qui peut évoquer bien d’autres causes. D’ailleurs, un vétérinaire de la clinique de la Renardière souligne que cette intoxication mérite d’être connue car sa survenue sous forme de séries de cas peut parfois évoquer à tort des actes de malveillance. Plusieurs chiens du même quartier tombant malades en même temps ne sont pas forcément victimes d’un empoisonnement volontaire : ils ont peut-être simplement partagé le même tas de noix pourries au coin de la rue.

Il n’existe malheureusement pas de contrepoison miracle. En cas d’ingestion avérée de noix moisies, il convient de vous rendre rapidement chez votre vétérinaire, car il n’existe pas d’antidote pour cette intoxication. La prise en charge repose sur la rapidité d’action : plus le traitement démarre tôt, plus les chances de limiter les dégâts augmentent. Si des signes cliniques sont présents, notamment les tremblements ou convulsions, une consultation d’urgence chez votre vétérinaire doit être réalisée, celui-ci examinera l’animal et le mettra sous perfusion pour stimuler l’élimination des toxines, et fera un bilan sanguin complet pour évaluer les paramètres rénaux et hépatiques. Sans cette prise en charge, le pronostic peut s’assombrir sérieusement, puisque sans traitement, l’intoxication peut parfois être fatale.

Attention, les glands ressemblent aussi à des balles

Les noix moisies ne sont pas les seules boules brunes suspectes qui traînent sous les arbres. Sous un chêne, ce sont les glands qui posent problème, et le mécanisme toxique diffère totalement. Les glands verts sont plus toxiques que les glands mûrs, car ce sont les tanins du gland qui libèrent une substance toxique pendant la digestion, toxique pour le foie et les reins. La dose qui bascule dans la zone dangereuse reste étonnamment faible pour un petit chien : il suffit de cinq à dix glands ingérés pour intoxiquer un chien de dix kilos.

Les symptômes suivent une progression assez typique, différente de celle des noix moisies puisqu’ici, pas de tremblements neurologiques mais un tableau plus digestif. Les premiers symptômes d’une intoxication aux glands sont que le chien bave ou vomit, est paresseux et arrête de manger, puis après un certain temps, il peut devenir constipé, avant d’avoir une diarrhée dans les jours qui suivent. À cela s’ajoute un risque mécanique tout bête mais redoutable : l’occlusion intestinale est le risque principal chez le chien, les glands, très indigestes, se comportant comme des corps étrangers intestinaux. Bonne nouvelle en revanche pour les propriétaires vivant près d’un châtaignier : contrairement aux glands, les châtaignes ou les pommes de pin ne sont pas toxiques pour le chien, même s’il vaut mieux éviter qu’il les avale tout rond.

Ce qu’il faut retenir avant la prochaine balade

Reconnaître ces boules brunes change tout. Une noix fraîchement tombée, encore verte et lisse, ne présente pas le même danger qu’une noix ramollie, tachée de gris ou de noir après plusieurs jours d’humidité au sol. C’est cette dernière qu’il faut retirer du jardin sans attendre, idéalement à chaque passage de tondeuse ou de ratissage automnal. Sous un chêne, le réflexe est différent : mieux vaut tenir le chien en laisse pendant les jours de grand vent, quand les glands tombent en masse et jonchent l’herbe comme une pluie de billes marron. Dans les deux cas, le geste le plus utile reste le même : observer ce que le chien ramasse avant qu’il ne l’avale, plutôt que de découvrir la cause une fois les vomissements déjà là.

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