Une amende de 68 euros, transformée en 180 euros faute d’avoir été réglée à temps. C’est la facture salée qu’a reçue un habitant excédé d’entendre son chien aboyer sans discontinuer pendant qu’il était au bureau, pensant naïvement que la police devait sortir un sonomètre pour établir une infraction. Mauvaise pioche : en matière d’aboiements, la loi française ne fixe aucun seuil de décibels à respecter.

À retenir
  • La loi française ne fixe pas de seuil de décibels pour les aboiements : c’est la durée, la répétition ou l’intensité anormales qui constituent l’infraction.
  • Une amende de 68 euros devient automatiquement 180 euros si elle n’est pas payée dans les 45 jours.
  • Les aboiements de jour pendant le télétravail du propriétaire peuvent être sanctionnés, pas seulement la nuit.

Pourquoi personne ne viendra mesurer le bruit avec un appareil

L’erreur est fréquente, et légitime en apparence. On imagine volontiers qu’un contrôle de nuisance sonore ressemble à un contrôle de vitesse : un appareil, un chiffre, un seuil dépassé ou non. Concernant l’intensité des aboiements, la loi française ne prévoit aucun seuil précis en termes de décibels à ne pas dépasser, des seuils existant en revanche pour les bruits qui émanent d’activités professionnelles, de loisir ou culturelles. un chantier ou une discothèque doivent respecter des normes acoustiques strictes. Un chien, non.

La différence tient à la nature du bruit. La loi ne fixe aucun seuil de décibels : un aboiement devient sanctionnable quand il est anormal par sa durée, sa répétition ou son intensité, de jour comme de nuit. Ce sont des critères qualitatifs, appréciés au cas par cas par les forces de l’ordre puis, si besoin, par un juge. Le Code de la santé publique explique qu’aucun bruit particulier ne doit par sa durée, sa répétition ou son intensité porter atteinte à la tranquillité du voisinage, et il suffit qu’une de ces conditions soit présente pour constituer une nuisance sonore.

Un seul de ces trois critères suffit donc à faire basculer un comportement animal ordinaire en infraction caractérisée.

Comment 68 euros deviennent 180 euros

Le mécanisme financier, lui, n’a rien de mystérieux, mais il piège encore beaucoup de propriétaires de bonne foi. L’amende prévue par le Code pénal est de 68 euros, majorée à 180 euros si elle n’est pas réglée dans les 45 jours. Passé ce délai, le montant grimpe automatiquement, sans nouvelle intervention nécessaire de la police. C’est précisément ce qui semble s’être joué dans le cas qui nous occupe : contester le principe même de la verbalisation, en attendant une hypothétique preuve technique, a eu pour seul effet de laisser filer le délai de paiement.

Si l’affaire était portée devant un tribunal plutôt que réglée en amende forfaitaire, la note pourrait grimper bien plus haut. Le propriétaire du chien peut, selon la gravité du trouble, se voir infliger une amende d’un montant pouvant atteindre 450 euros. Et l’aspect financier n’est pas la seule menace : les sanctions peuvent aller jusqu’à la confiscation du chien à son propriétaire. Une éventualité rare en pratique, mais prévue noir sur blanc par les textes.

Le cas particulier de la journée de télétravail

L’expression « tapage nocturne » entretient une confusion tenace. Beaucoup pensent que seuls les bruits entre 22 heures et 7 heures sont répréhensibles. Or la nuisance peut être sanctionnée de jour comme de nuit, la fameuse expression « tapage nocturne » ne signifiant donc pas que les bruits diurnes seraient toujours permis. Un chien qui aboie toute la journée pendant que son maître travaille peut donc parfaitement tomber sous le coup de la loi, sans attendre la tombée de la nuit.

Par nature, un chien aboie, et cette action n’est pas sanctionnable en tant que telle ; il n’existe d’ailleurs pas spécifiquement de loi sur la nuisance sonore par aboiement de chiens. C’est l’excès qui fait la différence, pas l’aboiement lui-même. Un jappement isolé au passage du facteur ne vaudra jamais une amende. Des heures d’aboiements ininterrompus pendant l’absence du maître, en revanche, cochent aisément la case « durée » ou « répétition » exigée par les textes.

Le propriétaire reste responsable même lorsqu’il n’est pas chez lui pour constater les dégâts sonores. Partir travailler ne suspend ni son obligation légale, ni sa responsabilité vis-à-vis du voisinage.

Se défendre ou anticiper : les vraies marges de manœuvre

Face à une contestation, mieux vaut connaître la valeur réelle des preuves disponibles. Les applications mesurant les décibels peuvent donner une indication, mais leur valeur probatoire est généralement limitée, un téléphone n’étant pas toujours un sonomètre homologué. Autant dire que sortir une capture d’écran d’appli ne suffira pas à faire annuler une amende déjà notifiée par un agent assermenté.

Pour les voisins qui souhaitent agir en amont, la voie judiciaire directe n’est pas la première option. La demande en justice doit être précédée, au choix des parties, d’une tentative de conciliation menée par un conciliateur de justice, d’une tentative de médiation ou d’une tentative de procédure participative, lorsqu’elle est relative à un trouble anormal de voisinage. Un passage obligé qui, dans bien des cas, évite d’en arriver à la case amende ou tribunal.

Reste une option simple, souvent négligée avant que le conflit ne s’envenime : vérifier l’existence d’un arrêté municipal anti-aboiements. Il est possible de vérifier s’il existe dans sa commune un arrêté municipal anti-aboiements ou réglementant le bruit, et si cet arrêté n’est pas respecté, l’infraction peut être constatée directement. Certaines mairies imposent ainsi des règles plus précises que le droit national, et connaître ce texte local évite bien des mauvaises surprises à 180 euros.

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