Un chien qui réclame sa gamelle le lendemain d’un champignon croqué dans la pelouse n’est pas un chien tiré d’affaire. Avec les champignons à amatoxines, l’appétit retrouvé peut même coïncider avec le début de la phase la plus dangereuse. La prise de sang à J3 vise précisément cette fenêtre : chez l’humain, le pic de destruction des cellules du foie est attendu entre le troisième et le cinquième jour (données des Hôpitaux universitaires de Genève).
Un chien en forme peut avoir un foie en train de lâcher.
- L’appétit retrouvé après ingestion d’amanite peut coïncider avec la destruction progressive du foie
- La prise de sang à J3 détecte le pic de destruction des cellules hépatiques entre J3 et J5
- Les champignons toxiques peuvent être mortels à partir de 1 à 2 spécimens pour un chien de 10-15 kg
- Aucun antidote prouvé n’existe : seule la prise en charge précoce améliore le pronostic
Un répit qui ne prouve rien
L’intoxication dite phalloïdienne se joue en plusieurs temps. L’ANSES décrit d’abord une période silencieuse d’au moins six heures, puis une gastro-entérite avec vomissements et diarrhées abondantes. Vient ensuite une rémission qui, dans un cas de malinois publié par Le Point Vétérinaire, dure de 10 à 48 heures. L’animal mange, remue la queue, et pendant ce temps l’atteinte du foie continue de progresser.
La dose en cause est minuscule. La dose létale médiane de l’amanitine chez le chien est estimée à 0,1 mg/kg, et un ou deux champignons peuvent suffire à tuer un adulte. Pour un chien de 10 à 15 kg, environ 40 g d’amanite phalloïde sont jugés mortels.
Reste une inconnue : le champignon blanc de la pelouse était-il vraiment une amanite ? Rien n’est moins sûr, car d’autres espèces blanches, comme le clitocybe des feuilles, contiennent de la muscarine et provoquent des troubles rapides. Quand plusieurs espèces ont été avalées, ces troubles précoces peuvent aussi masquer une intoxication plus lente et plus grave. Sans photo ni spécimen entier, le vétérinaire raisonne donc sur le pire scénario.
Ce que la prise de sang va chercher
Le bilan mesure les transaminases, des enzymes libérées quand les cellules du foie se détruisent. Une seule mesure ne suffit pas toujours : chez le malinois, elles atteignaient 500 UI/l à J2, baissaient de J3 à J5, puis remontaient avant de se stabiliser au bout de 60 jours.
À 15 jours, la cytologie du foie du malinois était normale.
Plus la destruction est massive, plus le pronostic s’assombrit. Chez l’humain, les formes sévères (ALAT supérieures à 1000 U/l) surviennent dans les 2 à 6 jours et s’accompagnent de troubles de la coagulation et d’une défaillance rénale. Chez le chien, l’atteinte du foie perturbe aussi l’hémostase, ce qui peut provoquer des hémorragies. Comme il n’existe pas d’antidote dont l’efficacité soit formellement démontrée, le traitement repose sur la décontamination, la perfusion et les soins de soutien, que le bilan sanguin permet d’ajuster.
Les gestes à faire avant même de pousser la porte de la clinique
Le réflexe : appeler sans attendre le moindre symptôme. Votre vétérinaire, ou l’un des deux centres antipoison vétérinaires français, répondent 7 jours sur 7 de 8 h 30 à minuit : le CNITV de Lyon au 04 78 87 10 40, le CAPAE-Ouest de Nantes au 02 40 68 77 40. Même si le chien semble aller parfaitement bien.
Photographiez le champignon et prélevez un spécimen entier, base du pied comprise. Notez l’heure de l’ingestion et la quantité approximative avalée. Ne faites pas vomir l’animal et ne lui donnez aucun remède maison sans instruction vétérinaire.
Plus la prise en charge est précoce, plus elle est efficace.
La saison compte aussi : les intoxications sont plus fréquentes entre août et novembre, et les jeunes chiens sont les plus exposés. Nous sommes le 3 octobre, en plein dans cette période. Un coup d’œil à la pelouse avant chaque sortie, et un ramassage des champignons au râteau (gants aux mains), coûtent moins cher qu’un bilan sanguin répété.
Sources : urgences-veterinaires.fr | les-champignons.fr | anses.fr

