Une croûte, à peine visible, nichée au creux du pavillon de l’oreille. C’est tout ce qu’il a fallu pour transformer une balade tranquille du soir en urgence vétérinaire, six mois après un mois d’août passé à profiter de la fraîcheur retrouvée du Var. Le diagnostic est tombé sans détour : leishmaniose, une maladie parasitaire transmise par un moucheron minuscule qui adore justement ces heures où le soleil décline et où l’air redevient respirable.
Le réflexe était pourtant logique. Après des journées à 35°C à l’ombre, sortir le chien à la tombée du jour semblait être la seule option raisonnable, pour lui comme pour son maître. Mais ce moment précis, entre chien et loup, correspond exactement à la fenêtre d’activité du phlébotome, ce petit insecte piqueur qui ressemble à un moustique miniature et qui sévit dans tout le pourtour méditerranéen.
À retenir
- Un insecte microscopique chasse exclusivement au crépuscule dans le sud méditerranéen
- La maladie peut rester silencieuse pendant des mois avant de se manifester
- La zone à risque s’étend progressivement vers le nord depuis des décennies
Le crépuscule, heure de chasse pour un moucheron discret
Le phlébotome n’a rien d’exotique dans le Var. Les phlébotomes sont très actifs le soir, au crépuscule, et on les retrouve particulièrement dans les zones rurales rocailleuses plutôt sèches, comme les murs de pierre sèche des anciennes maisons dans le Sud-Est de la France. Un jardin bordé d’un vieux muret, une terrasse en pierre, un talus caillouteux : autant de cachettes idéales pour ce petit moucheron qui attend la nuit pour passer à l’action.
Ce petit moucheron est actif en moyenne 7 mois par an, particulièrement présent dans les zones où la température diurne estivale oscille entre 25°C et 33°C, et c’est au crépuscule qu’il se met à piquer. Seules les femelles piquent d’ailleurs, un repas de sang leur étant nécessaire pour pondre. Elles ciblent en priorité les zones du corps les moins protégées par le pelage : le pavillon auriculaire présente alors une petite papule, appelée « chancre d’inoculation », de deux millimètres environ, qui tend à disparaître au bout de quelques jours. C’est précisément là, sur l’oreille, que la croûte suspecte a fini par apparaître.
Une maladie qui prend son temps pour se manifester
Voilà ce qui rend cette histoire troublante : le lien entre les balades d’août et la croûte de février n’a rien d’une coïncidence retardée. La période d’incubation avant l’apparition des signes cliniques de la maladie chez le chien est très variable et peut durer de trois mois à sept ans. Six mois d’attente silencieuse, c’est donc presque un délai court pour cette maladie réputée sournoise.
Le parasite en cause, Leishmania infantum, ne fait pas de bruit une fois installé. La période d’incubation de la leishmaniose canine varie de quelques mois à plusieurs années, et de nombreux chiens sont porteurs sans symptômes, mais lorsque la maladie se déclare, elle devient chronique et évolutive. un chien peut parfaitement traverser l’hiver sans le moindre signe extérieur, pendant que le parasite colonise tranquillement son organisme.
Les manifestations cutanées, quand elles arrivent, suivent souvent un schéma reconnaissable. La maladie se manifeste d’abord par un chancre d’inoculation souvent sur des zones dépourvues de poils comme l’intérieur des oreilles ou le bout du museau, se traduisant par une surélévation rouge qui s’ulcère et devient croûteuse, cernée d’un bourrelet œdémateux. Une simple croûte, donc, peut être le premier signal visible d’une infection installée depuis des mois. Sans cette vigilance, elle aurait pu passer pour une écorchure banale, un coup de griffe lors du toilettage.
Le Var et le pourtour méditerranéen, en première ligne
Ce type de contamination n’a rien d’un cas isolé dans la région. La leishmaniose du chien est endémique dans les régions méditerranéennes : Espagne, Portugal, Italie, Grèce, sud de la France, ainsi que dans certaines zones des Balkans, d’Amérique du Sud, du Moyen-Orient et d’Asie. Le Var coche toutes les cases : chaleur estivale, murs en pierre, jardins arrosés le soir. La maladie n’est d’ailleurs pas une découverte récente pour la médecine vétérinaire française : la leishmaniose affecte 1 million de chiens en France, cette maladie est donc très fréquente et ancienne puisque décrite pour la première fois en 1913 à Marseille.
Plus inquiétant encore pour les propriétaires de chiens vivant plus au nord : la zone de circulation du parasite ne cesse de s’étendre. Elle couvre 29 départements en 2017 selon la dernière cartographie nationale, contre 26 en 2011 et 18 en 1986, avec une progression vers le nord et vers l’ouest, portée par le réchauffement climatique et les déplacements d’animaux. Un simple séjour d’été sur la Côte d’Azur suffit désormais à exposer un chien qui vit habituellement loin de toute zone à risque.
Se protéger sans renoncer aux balades du soir
Faut-il pour autant abandonner les sorties fraîcheur au profit des heures les plus chaudes de la journée ? Pas nécessairement, mais quelques précautions changent la donne. Les vétérinaires du Var recommandent d’ailleurs d’ajuster les horaires de promenade : pour limiter l’exposition à ces insectes et réduire le risque de piqûres, il convient d’éviter de promener son animal à l’aube ou au crépuscule, période à laquelle ils sont particulièrement actifs, et de contourner les zones humides et d’eau stagnante, ainsi que les murs de pierre sèche.
Les traitements répulsifs, colliers ou pipettes, restent la parade la plus accessible au quotidien. Un collier a une activité anti-gorgement sur les phlébotomes pendant un an, tandis que les pipettes spot-on ont une activité répulsive sur les phlébotomes pendant environ trois semaines après application. Pour les chiens vivant à l’année en zone méditerranéenne, la vaccination complète ce dispositif, à condition d’être réalisée avant la saison chaude et sur un animal préalablement testé négatif.
Ce genre d’histoire rappelle surtout une chose simple : dans le Var comme ailleurs sur le pourtour méditerranéen, la vigilance ne se limite pas aux tiques et aux coups de chaleur. Une croûte qui traîne sur une oreille, même des mois après l’été, mérite un aller-retour chez le vétérinaire plutôt qu’un haussement d’épaules.
Sources : education-canine-idf.fr | veterinaire-tours.fr | veterinaires-maures.fr

