Derrière la question du vétérinaire, un suspect : les noix tombées sous l’arbre. Par temps humide, les moisissures qui s’y développent produisent des mycotoxines dites « trémorigènes », en raison des tremblements qu’elles induisent. Les plus connues, la roquefortine et le penitrem A, sont produites par des Penicillium.

Le chien, lui, ne s’en méfie pas. Il n’est pas rebuté par les denrées moisies, il y serait même attiré.

Le centre antipoison vétérinaire CAPAE-Ouest a recensé 76 cas considérés comme des intoxications probables par ces mycotoxines. Les chiens avaient mangé des aliments moisis et présenté rapidement un changement de comportement (crainte, agressivité), de l’hyperesthésie et des troubles neuromusculaires. Les tremblements pouvaient évoluer vers des convulsions. La littérature rapporte des cas comparables, principalement après l’ingestion de noix sous l’arbre, mais aussi de pain, de pâtes, de riz ou de fromage.

À retenir
  • Les noix moisies produisent des mycotoxines trémorigènes, la roquefortine et le penitrem A, dangereux pour les chiens
  • Les tremblements apparaissent 2 à 3 heures après l’ingestion, suivis parfois de convulsions et d’une démarche ébrieuse
  • Ramasser les noix tombées avant la sortie du chien, particulièrement après la pluie, élimine le risque d’intoxication

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Les fruits du noyer ne sont pas toxiques en eux-mêmes : ce sont les coquilles ou les noix moisies qui posent problème. L’intoxication est saisonnière, elle survient quand les noix tombées en automne moisissent après une période d’humidité.

La quantité de toxines produites varie avec l’humidité et la température. Un matin sec et un matin de brouillard n’exposent donc pas le chien de la même façon. Le risque monte après les périodes de pluie, quand la moisissure se développe plus facilement. Et l’odeur riche et grasse des noix attire de nombreux chiens.

Aucune dose toxique n’est connue pour les noix moisies.

Ce que le vétérinaire cherche à écarter

Les premiers signes arrivent vite. Tremblements et démarche ébrieuse apparaissent 2 à 3 heures après l’ingestion, souvent avec des vomissements et une salivation excessive. Le Manuel vétérinaire Merck ajoute l’hyperesthésie, les mouvements anormaux des yeux, l’accélération du rythme cardiaque et les convulsions. Dans les cas décrits par les toxicologues, les signes se développent dans les 12 heures qui suivent.

Manipulation ou bruit peuvent intensifier les tremblements.

Reste à trouver la cause, car les tremblements en ont beaucoup. Hypoglycémie, hypocalcémie, maladie hépatique, métaldéhyde (les anti-limaces), caféine, noix de macadamia, ou encore le syndrome des tremblements répondant aux corticoïdes, la « maladie du petit chien blanc ». D’où la question sur ce que l’animal a ramassé dans l’herbe. Les études n’ont pas permis de quantifier les mycotoxines dans les aliments avariés, ce qui empêche de savoir si la dose ingérée était toxique. Le diagnostic repose donc surtout sur les données épidémiologiques et cliniques, et seuls 2 cas de la série du CAPAE-Ouest ont été confirmés par analyse.

La prise en charge est plus rassurante que le tableau. Le vétérinaire met l’animal sous perfusion pour stimuler l’élimination des toxines et prescrit un bilan sanguin complet pour évaluer les reins et le foie. Du charbon activé est administré, et l’évolution est le plus souvent favorable en 24 à 48 heures, même si quelques cas mortels ont été enregistrés.

Ramasser avant que le chien n’arrive

La prévention tient à une routine : ramasser les noix tombées, brou compris, avant la sortie du chien, et davantage encore après la pluie. Le composteur ouvert mérite la même surveillance. Un Pit Bull de onze ans a été présenté en urgence pour des convulsions généralisées, après avoir vomi des morceaux de compost dans un jardin. Il s’est rétabli complètement en 24 heures de soins intensifs.

En cas de doute, mieux vaut appeler la clinique sans attendre, en notant le nombre approximatif de noix avalées et le moment de l’ingestion. Provoquer soi-même des vomissements est déconseillé : une pneumonie par aspiration peut compliquer les vomissements survenant pendant la phase de stimulation nerveuse.

Les chiens ne sont pas les seuls concernés. Une publication scientifique décrit un adulte qui avait mangé environ huit noix moisies et qui a présenté des tremblements et des douleurs généralisées après 12 heures. Il s’agit du premier cas suspecté chez l’humain, et l’homme s’est rétabli après un traitement symptomatique et de soutien.

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