Sous les frondaisons d’un chêne centenaire, chaque mètre carré de pré peut cacher un piège discret : les glands. C’est précisément ce qu’a demandé le vétérinaire en inspectant le sol de cette prairie laissée au repos tout septembre, jonché de petits fruits bruns fraîchement tombés. Une question qui n’a rien d’anodin pour qui connaît les risques que représente cette saison pour les chevaux.
- Les glands contiennent des tannins toxiques qui s’accumulent sous le chêne entre septembre et octobre
- L’intoxication provoque coliques, diarrhées hémorragiques et lésions rénales sans traitement curatif possible
- Isoler la zone sous l’arbre par une clôture temporaire reste le meilleur moyen de prévention
Le chêne, allié discret devenu menace en septembre
Toutes les parties de l’arbre contiennent des tannins, mais la concentration est maximale au niveau des glands et des jeunes pousses. Les équidés s’intoxiquent le plus souvent à l’automne, généralement entre mi-septembre et fin octobre, moment où les glands arrivent à maturité et tombent au sol, un phénomène que les forestiers appellent la glandée. Chevaux, poneys, ânes et mules peuvent tous être touchés, sans distinction d’espèce. Mais la sensibilité varie fortement d’un individu à l’autre, et les jeunes animaux semblent plus fréquemment affectés que les adultes.
Certains chevaux développent une vraie appétence pour les glands, au point d’en consommer sans relâche.
Le risque n’est pourtant pas identique chaque automne. Certaines années, dites semencières, la production de glands explose tous les trois à cinq ans et multiplie les cas d’intoxication. Chez le cheval, ces intoxications figurent parmi les quatre premières causes d’appels enregistrées en toxicologie végétale.
Des signaux qui ressemblent d’abord à un simple trouble digestif
Les premiers signes sont le plus souvent digestifs : coliques, alternance de constipation et de diarrhées parfois hémorragiques, accompagnées d’une perte d’appétit, d’abattement et d’une accélération du rythme cardiaque et respiratoire. On retrouve parfois des morceaux d’enveloppes de glands directement dans les crottins, un détail qui ne trompe pas.
Passé ce premier stade, les produits issus de la métabolisation des tannins peuvent provoquer des lésions rénales et hépatiques chez le cheval. Il n’existe malheureusement aucun antidote ou traitement permettant de sauver l’animal d’une intoxication par les glands. Le vétérinaire ne peut donc que soutenir l’organisme : réhydratation par perfusion, lavage gastrique, laxatifs contre la constipation et antibiotiques pour prévenir les infections secondaires. Quand l’animal survit, la convalescence peut s’étaler sur plusieurs semaines.
Les symptômes apparaissent généralement après une à quatre semaines de consommation.
Ce que change un simple coup d’œil sous l’arbre
La parade la plus efficace reste la plus simple : condamner l’accès aux abords du chêne, en particulier les années de forte glandée. Une clôture temporaire, installée le temps que les fruits soient ramassés ou se dégradent, suffit souvent à isoler la zone à risque. Il est aussi recommandé de vérifier systématiquement le sol avant de changer les chevaux de parcelle à l’automne, moment où les glands s’accumulent sans qu’on y prête toujours attention.
Distribuer suffisamment d’herbe ou de foin réduit nettement la tentation, car un cheval bien nourri se jette moins facilement sur les glands. Le risque grimpe aussi après un coup de vent, surtout lorsqu’il suit un été sec et fait tomber d’un coup des glands encore verts, donc plus riches en tannins.
Certains chevaux, une fois habitués au goût, deviennent de vrais amateurs qu’il faut isoler du reste du troupeau.
L’intoxication peut passer inaperçue ou se limiter à une simple diarrhée avant que l’état du cheval ne se dégrade brutalement, jusqu’à nécessiter une hospitalisation d’urgence. Chez les ruminants, les glands et feuilles de chêne représentent d’ailleurs la deuxième cause d’appels au centre antipoison vétérinaire de Lyon pour suspicion d’intoxication végétale. De quoi expliquer pourquoi un vétérinaire, en visite de routine, prend toujours le temps de regarder ce qui traîne au sol sous les branches basses.
Sources : clinique-veterinaire-72.com | centre-antipoison-animal.com | chevaux-veterinaire-maisons-laffitte.com

