Un amas de fils soyeux blancs, gros comme un poing en octobre et parfois comme un ballon en plein hiver, accroché au bout d’une branche de pin : c’est le nid de la chenille processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa). Il apparaît dès septembre-octobre, quand les larves nées des pontes de l’été se regroupent pour passer la mauvaise saison. Pour un propriétaire de chien, c’est un panneau de signalisation naturel : l’arbre est à éviter.
Les poils urticants apparaissent à partir du troisième stade larvaire, vers la fin octobre.
- Les chenilles processionnaires tissent des nids blancs dès septembre-octobre sur les pins bien exposés, côté sud des branches
- Les poils urticants restent actifs plusieurs mois après la chute du nid et provoquent des brûlures graves sur la langue des chiens
- Signalez les nids à votre mairie avec l’adresse, l’essence de l’arbre et une photo prise à distance
Repérer les arbres à risque pendant la promenade
Les chenilles s’installent surtout sur les pins noirs, maritimes et sylvestres, mais aussi sur les cèdres. Elles choisissent les arbres bien exposés, isolés, en lisière de bois ou en bord de route, car le soleil réchauffe leur nid. Levez les yeux vers l’extrémité des branches, côté sud en priorité, et cherchez cette masse blanche qui brille quand le soleil la touche. Autour, les aiguilles sont souvent rongées, brunâtres, regroupées en touffes ternes.
Longtemps cantonnée au pourtour méditerranéen et au Sud-Ouest, l’espèce a remonté vers le nord à la faveur d’hivers plus doux, jusqu’à la région parisienne. Les chercheurs de l’INRAE ont mesuré sa progression à quelques kilomètres par an dans le Bassin parisien.
Le sol donne aussi des indices. Après un coup de vent ou un orage, des lambeaux de soie ou des nids entiers jonchent parfois le pied de l’arbre, entourés de petits débris d’aiguilles. Un chien qui renifle consciencieusement sous un pin est précisément dans la zone où il ne faut pas qu’il traîne.
Pourquoi le sol ne protège de rien
Une seule chenille porte plusieurs centaines de milliers de poils, jusqu’à 600 000 selon les estimations. Ils mesurent à peine 0,1 à 0,2 millimètre, se détachent au moindre contact et voyagent avec le vent. Ils contiennent une protéine, la thaumétopoéine, qui déclenche une libération d’histamine dans les tissus touchés. Leur danger ne s’éteint pas avec l’insecte : un nid abandonné ou tombé au sol reste chargé de poils actifs pendant plusieurs mois.
Le museau et la langue sont les premiers touchés.
Dans les minutes qui suivent un contact, le chien salive abondamment, se frotte la gueule avec les pattes, secoue la tête, peut vomir. La langue gonfle, devient violacée. Sans soins rapides, les tissus peuvent mourir, et le vétérinaire doit parfois retirer la partie nécrosée.
Les bons réflexes si votre chien s’approche
De l’automne au printemps, tenez le chien en laisse près des pins et choisissez, quand c’est possible, des sentiers qui n’en comptent pas. Surveillez aussi la truffe : un chien qui vient de renifler un tronc ou un tas d’aiguilles est déjà exposé.
Si les premiers symptômes apparaissent, c’est une urgence vétérinaire, à appeler avant toute autre chose. Mettez des gants pour ne pas vous contaminer et ne frottez jamais la langue, ce qui enfonce les poils. Rincez à grande eau tiède, en dirigeant le jet depuis le côté de la gueule, tête baissée, pour que le liquide ne soit pas avalé. Ni sel, ni vinaigre, ni citron : ces remèdes de grand-mère aggravent l’irritation.
Signaler un nid à la mairie
Il n’existe pas de procédure unique au niveau national. Certaines communes ont un formulaire en ligne ou un numéro dédié, d’autres passent par le service des espaces verts ou l’accueil de la mairie. Dans plusieurs départements, un arrêté préfectoral organise la lutte contre l’insecte, et les FREDON régionales (fédérations de lutte contre les organismes nuisibles) publient des informations locales.
Pour un signalement utile, notez l’adresse ou le point GPS, l’essence de l’arbre, la hauteur approximative du nid et prenez une photo prise à distance. Sur un terrain privé, l’élimination revient au propriétaire, qui peut faire appel à un professionnel pour un échenillage ou un traitement biologique à base de Bacillus thuringiensis, appliqué sur les jeunes larves à l’automne.
Ne décrochez jamais un nid vous-même, même avec une perche.
La période la plus risquée reste d’ailleurs février-avril, quand les chenilles quittent les arbres en file indienne pour s’enfouir dans le sol avant de devenir papillons de nuit en été. Les nids repérés dès maintenant laissent le temps d’organiser un traitement avant ce pic.

